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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

mercredi 1 septembre 2010

Opération « Juliette-Siéra » (XXXIII)

Trente-troisième chapitre : Fin de parcours
 
Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Les figatelli sont ôtés du feu… c’est plus « âpre » que les langoustes à l’huile d’olive, filet de citron et herbes du maquis…
Le « Capitaine Haddock » imperturbable sait qu’il arrive en zone sensible : « Presque tous… Il y a bien entendu quelques rares courriers que je garde en confidentiel parce qu’ils sont très ciblés, mais, dans la grande majorité des cas, mes courriers sont mis en ligne afin de déstabiliser le pouvoir politique lorsqu’il est corrompu… Voyez-vous, le pouvoir c’est, d’abord, l’information. Les hommes de pouvoir ont toujours contrôlé l’information, mais internet permet de faire éclater des siècles de culture du secret d’État… La technique que j’emploie permet de mettre à nue la crapulerie de certains de nos dirigeants politiques… Ils perdent ainsi progressivement leur pouvoir… ».
Un putschiste sur le pont, entre les deux mâts dont les voiles poussent le bateau jusqu’à destination. On aura presque tout vu sur ce voilier. Manque plus qu’une attaque de pirates somaliens !
« Rappelez-vous ce que je vous ai dit à Malaga. Les dirigeants politiques savent très bien qu’ils ont dépassé la ligne rouge de la corruption et que les « services » ne pardonneront jamais la trahison du détournement des indemnités de la guerre du Golfe. Il est souhaitable que les politiques restent tranquilles. Ce n’est franchement pas recommandé de chercher des ennuis avec les forces spéciales… D’ailleurs les politiques se souviennent tous du groupe AZF… ».
Paul comprend que derrière la fanfaronnerie, le « Capitaine Haddock » ne rigole pas du tout.
Quand il s’agit de vie et de mort, des engagements des uns et des autres, du respect des règles éthiques, c'est-à-dire tout un ensemble de valeurs qu’il connaît bien puisqu’elles sont à la base de son propre engagement, les choses deviennent sérieuses.
« Cher capitaine, vous devez savoir que « l’Opération Haddock » n’est pas limitée à la défense. De nombreux fonctionnaires sont littéralement écœurés du niveau de corruption et de la médiocrité de nos dirigeants. Je dois vous avouer que cette opération comportait à l’origine un très haut cadre des douanes, Jean Renaudin, qui avait été l’un des cinq directeurs à compétence nationale de la Douane. Il avait été le directeur de la région Nord-Ouest. Je le connaissais très bien. C’était un authentique gaulliste, un grand serviteur de l’État, et il a apporté à « l’opération Haddock » des renseignements d’une extrême importance qui ont permis de définir la stratégie la plus adaptée. »
Ah ? Et de quoi s’agit-il ?
« La direction de la douane se trouve confrontée au même problème que l’état-major des armées : ils ont un devoir de réserve et sont soumis au pouvoir politique même si celui-ci est tordu ou malhonnête. Très prochainement, un ancien sous-officier de l’armée, « Marcel de Saint-Prière », champion de France de tir en 1991, remettra aux douanes des informations confidentielles sur le dossier de l’extinction des puits de pétrole du Koweït. Cette action sera le point de départ de l’Opération « Jean Renaudin ».
Gardez cela pour vous. Si les amiraux et les généraux sont révoltés par le détournement des indemnités de la guerre du Golfe, ils ne le sont pas moins que les sous-officiers. N’oubliez pas que nous avons régulièrement des blessés ou des tués dans nos opérations spéciales et que nos sous-officiers sont les premiers concernés sur le terrain.
D’ailleurs l’Union Nationale des Sous-officiers a écrit à « Garde-Là Kiki » pour demander des explications sur mes accusations à la suite du courrier de juin 2008. La réponse de la ministre à « Jean-Paul Rahan », président de l’association, est absolument stupéfiante ! »
Paul n’en doute pas une seule seconde…
« Vous êtes assis ? C’était du : « Nous ne pouvons pas confirmer ou infirmer les accusations du « capitaine Haddock ». Il faut tout de même le faire, non !... »
Bé oui, logique.
« Commandant, comment voulez-vous avoir une opinion éclairée, quand on est associée d’un cabinet d’avocat anglo-saxon, sur un truc que personne n’a vu passer, pas même les douanes ? Logique comme réponse !
A-t-on idée de demander aux douanes de vérifier des mouvements de fonds qui partent des EAU, de Doha, Dubaï ou Koweït-city et qui vont en Suisse, à Londres ou dans les îles Caïman sans franchir les poste de douanes frontaliers ? Faut être débile !
C’est comme demander au Pape la preuve que Dieu existe. Le pauvre, il ne l’a jamais vu ! Donc les services ne peuvent ni affirmer ni confirmer. »
Une nouvelle fois, imperturbable, le « Capitaine Haddock » poursuit…
« Si ça sort, les douanes seront alors confrontées à un dossier explosif et devront aller chercher des infos auprès de leurs collègues suisses, de Tracfin, etc.… Ils découvriront rapidement le « Pot aux Roses », c'est-à-dire le Trust britannique et les sommes faramineuses qui y étaient déposées ainsi que les transferts de fonds vers l’Otan. Bien sûr tout ceci est légal, mais ce qui n’est pas légal, c’est d’avoir dérobé 3,5 milliards de dollars à la défense… Les douanes seront alors confrontées à l’impérieuse nécessité de respecter l’article 40 du code de procédure pénale et de transmettre le dossier au procureur de la république car le délit n’est pas prescrit en raison de la demande de prime d’aviseur que j’ai faite et qui lève la prescription… ».
Complètement à la masse : Les effets du « petit-rosé-frais » confronté à la brise du large et au soleil de plomb ?
« Vous avez bien fait de passer, Commandant. Il vous faut comprendre deux ou trois choses avant de repartir sur le continent.
Un : Ni les douanes, ni la PAF, ni Tracfin ne verront rien. » Tracfin, il s’en était chargé en décembre dernier.
« Deux : En admettant que les fonds rentrent, tout le monde n’y verra que du feu. Il y a assez d’outils dans l’arsenal juridique pour ça, et croyez-moi, je ne suis pas le seul à savoir m’en servir dans le pays. » Et puis le Président avait fait très fort lors de sa conférence de presse de la mi-décembre sur le « Grand-emprunt ».
« Trois : de toute façon, ils sont totalement indécelables. Pour y parvenir, il faut forcer la porte de bien des gens qui sont loin d’être des abrutis de lampistes, qui ont eux aussi des protections au plus haut niveau et éplucher des millions de lignes d’opérations financières pour en apercevoir les traces, ce qui n’est pas à la portée du premier venu. »
L’énonçant, Paul qui l’avait fait, aime bien la perspective, finalement…
Mais le « Capitaine Haddock » poursuit jusqu’à l’agacement.
« En fait, ce sont les douanes qui vont faire exploser le système. Ils ne peuvent pas être complices d’un détournement de fonds de cette importance et n’auront pas d’autre choix que de faire avancer le dossier car, s’il passe en phase explosive, ils en seraient complices ! »
Elles ne feront rien exploser du tout. Les dés sont déjà jetés. La bombe thermonucléaire sur les institutions désamorcée et les morceaux éparpillés, dissouts, recyclés.
 
« Vous, vous vous voyez bien en justicier à vouloir faire sauter la République, comme « Sir-vaine », à plusieurs reprises, virer tous les politicards honnis, me semble-t-il. Je ne sais pas ce qu’ils vous ont fait à titre personnel. À mon avis, vous avez été brisé dans votre carrière de pilote d’une façon ou d’une autre. Je vous offre une compensation : vous dégourdir les pinceaux sur un prototype comme jamais vous n’en avez vu.
Le type qui a pu imaginer de détourner autant d’argent, il poursuivait sans doute le même but : faire péter les institutions à un moment ou à un autre. C’aurait pu être intelligent de sa part.
Mais il a oublié qu’en laissant une ardoise, y’a un moment où il faut passer par la caisse et rendre l’indu.
Ceci étant, c’était bien imaginé.
Et de vous à moi, vous pensez réellement qu’on en serait arrivé là ? Aucun de nos alliés n’a intérêt à voir voler en éclat nos institutions. Aucun responsable politique, aucun français, à part Besancenot, et encore.
Et jamais l’armée n’aurait laissé le pays partir à vau-l’eau en tapant sur la classe politique, même la plus pourrie, et ce malgré les nombreuses rancœurs et trahisons !
Ne rêvez pas Commandant ! Tous ces plans sur la comète ne sont que billevesées et redevenus purs fantasmes. Vous arrivez comme le fisrt de Cav’, après la bataille. Tout est terminé et bien terminé.
Alors arrêtez un peu et aidez moi plutôt à la manœuvre d’entrée de port, s’il vous plaît ! »
Car entre-temps, ils sont arrivés au large de Solenzara qui dessine les silhouettes ramassées de ses maisons sur le fond des crêtes de montagne dont Paul sait qu’au-delà, elles donnent sur les magnifiques aiguilles de Bavella.
Il s’agit de lancer le moteur, d’affaler les voiles, de les ferler correctement le long des baumes, de ranger les focs proprement dans leurs sacs avant de les enfiler dans la soute à voiles. De préparer le mouillage et les haussières qui serviront d’amarre ou de garde, cul-au-quai.
 
Une demi-heure plus tard, ils passent tous les deux devant le Vulcan II qui les accueille à l’entrée de la 126 et filent vers un hangar semi fermé.
L’engin est noir, sans dérive ni empennage. Une « galette » évasée, vu du dessus, un losange arrondi. Vu de profil, une soucoupe. Rebondie de face, longiligne de profil.
« Je vous présente le prototype « Nivelle 001 ». On l’a baptisé « Isabelle » en l’honneur de notre pédégère. C’est un démonstrateur qui n’aura sans doute pas de successeur, faute de fonds et d’intérêt pour notre aéronautique. En ce moment, on imagine un autre prototype, mais il s’agit d’un drone d’observation. »
Pendant que les mécaniciens s’affairent à ranger la moto de Paul dans le coffre, les deux hommes font le tour de l’oiseau.
« Comme vous pouvez le voir, les entrées d’air sont à géométrie variable situées sur l’intrados. Tout l’appareil est dessiné comme d’une seule aile à forte flèche. Pas de gouverne : on a une sortie de turboréacteur classique centrale, un Snecma de location, sans postcombustion au centre et deux tuyères spike de statoréacteurs de part et d’autre. Tuyères plates qui servent d’aileron à toutes les allures pour corriger l’assiette et le roulis.
Les ailerons sont encastrés dans la flèche des bouts d’ailes et on a aussi un superbe aérofrein qui peut se déployer en queue et servir aussi de gouverne aux faibles vitesses en cas de besoin. Normalement, il est noyé dans le corps du fuselage arrière, autour du turboréacteur. »
L’originalité tient dans le revêtement des bords d’attaque : tout en céramique réfractaire.
« Mais plus que cela. C’est la méthode de cuisson qui permet d’en faire un monobloc, d’un seul tenant, contrairement à la technique des tuiles employées pour la navette américaine. Nous sommes censés en tester la tenue mécanique, à la friction avec les aérosols à haute vitesse en suspension dans la haute atmosphère. Car les blocs sont encastrés et non pas collés. Tout casse ou tout tient d’un seul tenant, pas comme avec la navette qui peut perdre ses tuiles et se désintégrer à la première défaillance. »
 
Paul explique qu’avec 9 tonnes de carburant, ils en ont pour un peu plus d’une heure de vol. Qu’il s’agit maintenant d’être tracté jusqu’au pied de la piste, sous une bâche pour que les observateurs éventuels postés sur la montagne n’aperçoive que le minimum. De filer cap au 180 jusqu’aux côtes sud de la Sardaigne et de grimper à 90.000 pieds.
« Vous verrez, ça pulse un grand coup dès que les statos se déclenchent. Normalement, on devrait aller tutoyer le mur de la chaleur à plus de Mach 5 et se chauffer à 1.200° C. Si ça ne vous tente pas, il y a un avion de liaison pour Vélizy en fin d’après-midi. Et je comprendrai. »
Mais le « Capitaine Haddock » reste subjugué par l’engin et la perspective offerte : pas question de renoncer au dernier moment !
« Pour dessiner ces plans, je me suis inspiré d’un prototype que j’ai croisé à Nellis AFB en 97 pendant mes stages de formation de l’aéronavale. Ce n’est juste qu’une première étape avant un autre projet plus ambitieux, d’avion orbital à deux étages récupérables et un booster perdu. Qui part du concept d’Hermès de chez Dassault et du projet Saphir, des russes des années 70, lui aussi avorté. »
Paul explique, dans le vestiaire alors qu’ils enfilent chacun une combinaison anti-G, qu’en fait la température au point d’arrêt augmente à raison de 20 % du carré du Mach, le tout calculé en Kelvin et rapporté à la température ambiante. Haddock sait ce détail. « Le reste, c’est une question de sinus de la flèche d’attaque de l’aile et de son profil. Le carré de Mach 5, c’est 25. 20 %, c’est 5. 5 fois 273 – 58° K, c’est 1.017 ° C à la pointe. On va essayer d’aller un peu plus vite pour se faire du douze-cents degrés. Et on rentre. Ça vous va ? »
Pour sûr qu’on n’a pas tous les jours l’occasion de ce genre d’expérience.
Et entre les acrobaties des mécanos enfilant la moto du capitaine de frégate dans la soute et de voir le bonhomme se contorsionner pour atteindre le siège du pilote, trop petit pour sa carrure imposante, ce sont des souvenirs à garder bien au chaud ! Pour sûr…
S’il survivait à l’expérience.
 
« Bon ! Faut que je vous dise qu’après le premier vol, on sait que les buses d’arrivée du carburant dans la chambre de combustion des statoréacteurs sont mal dimensionnées. Faut dire aussi qu’un stato, plus ça compresse, plus ça pulse. Et plus ça dégage, plus ça va vite. Plus ça va vite et plus ça compresse. Et comme il n’y a aucune pièce en mouvement, ce n’est pas facile à contrôler.
Par ailleurs, le pilote automatique peut très bien nous envoyer en voile noir. C’est un machin de série qu’on retrouve sur tous les chasseurs, mais qui est manifestement sous-dimensionné dans ses réactions. Alors, on règle le problème à la main et à la mollette du trim. Mais si vous sentez le voile noir arriver et que je suis dans les pommes, débrancher « Pedro » et poussez doucement sur le manche sans nous foutre à la baille… Y’a pas de canot de sauvetage ! »
Un système d’éjection, peut-être ?
« Même pas sur ce prototype. Le suivant, si un jour il existe, c’est tout le poste de pilotage qui sera éjecté. Mais là, on avait ni la place ni le temps. Je vous explique : on voulait faire un passage au-dessus de Paris au dernier 14 juillet. À Mach 4 et à 70.000 pieds, histoire d’affoler Taverny.
Et si par hasard on croisait un Boeing « d’Air-Transe », à tous les coups il nous aurait pris pour un UFO ! »
« Je vous assure que… » commence « Haddock ».
Paul sait.
Mais fait remarquer que c’est juste une illusion d’optique.
« Vous le savez comme moi, commandant, en vol on n’a pas de repaire. Déjà en mer, estimer au sextant une grandeur d’iceberg, ça n’a rien d’évident sans un coup de radar pour estimer la distance, alors à haute altitude, il suffit de tracer sur une cible de loin et changer de cap à un moment où à un autre. À Mach 3 ou 4, l’observateur à l’impression que vous vous taper une accélération d’enfer. On en fera l’essai tout à l’heure en virant sur l’aile au large de la Tunisie ou de l’Algérie. Je suis sûr d’avaler un 180 en moins de 30 secondes sans prendre plus de 3 G dans le virage. Soit, en perpendiculaire, 6°/seconde. Vu de loin et d’un point fixe, ça donne l’impression, à 2.680 nœuds, de faire une accélération de 33 G… »
L’explication est connue de tous.
« Vous savez ça parce que ça fait longtemps que vous pilotez ce prototype ? »
Non, c’est la première fois.
Rassurant, ça…
« Tout n’est que calcul ! » répond Paul en mettant la manette du turboréacteur au tableau, après avoir reçu l’autorisation de Zara-tour de décoller sur la 18.
 
L’engin s’ébroue puis saute en avant. 12 secondes après, il est en l’air. Paul rentre les ailerons et il accélère en montée rectiligne. À 250 nœuds, les portes des statos se referment doucement sur l’arrivée d’air du turboréacteur à l’en étouffer. Et là, ils sont tous les deux plaqués contre le dossier de leur siège-baquet.
L’avion se met à grimper à vive allure. Paul débranche le pilote automatique qui ne va pas assez vite sur le trim et appuie sur le manche. Rien y fait, c’est trop fort. Zara-approche annonce qu’il faut rejoindre la fréquence de Rome-center. Et Paul tout à sa manœuvre pour éviter la perte de connaissance laisse le commandant « Haddock » répondre et régler la radio.
« Maintenant, silence radio. On va se retrouver sur Agadir en moins de rien. Pas question de s’identifier ! »
En quatre minutes, ils ont déjà dépassé l’altitude de croisière du Concorde. Plus aucun avion ne vole au-dessus, sauf peut-être le SR-70.
En notant que le Concorde était réputé pour avoir consommé le tiers de ses réserves de carburant pour en arriver là et atteindre Mach 2 en petites accélérations du régime moteur, alors que le Nivelle 001 n’en est même pas à 10 %.
« Oh, le SR-70 monte à 80.000 pieds, d’après les pilotes qui m’en ont parlé. Peut-être même à 120.000. Mais le plus curieux avec cet avion là, c’est qu’il est fait en un Inconel X, un alliage secret à base de titane-acier-nickel. Ou autre chose. Ce n’est pas important. En revanche, à chaque retour au sol, le plus drôle de l’affaire, c’est que les mécanos « repassent » véritablement les plis faits par les filets d’air dans le métal avec un chalumeau ! »
« Haddock » est en sueur dans sa combinaison. Il parvient à se détendre seulement quand l’avion est stabilisé impeccablement à 90.000 pieds. Buses d’injection ouverte au maximum. Paul a les yeux rivés sur la sonde du thermomètre de pointe. L’assiette est très stable. Pas de vibration. À l’approche des 1.100°, il réduit légèrement les gaz, sans pour autant ne percevoir qu’un léger ralentissement de l’accélération. 3.000 galons/heures de kérosène sont indiqués par le débitmètre. Pour 2.700 nœuds.
Mach 5,3 ! 2.835 nœuds : 1.236° C affichés sur la pointe de la sonde avant…
Paul bascule doucement l’appareil sur la tranche tribord et donne quelques coups sur le manche. L’avion circule lentement d’abord, pour changer de cap, puis plus vite au fil des tirées de Paul, sans perdre plus de 20 pieds à l’altimètre.
« Trop fort Pedro ! » s’exclame le « Capitaine Haddock »
« Bé oui ! Je ne comprends pas. Il a failli nous mettre dans les vapes tout à l’heure, et là, il réagit très bien… Y’a un truc qui ne colle pas. Faudra revoir tout ça au labo ! »
 
Le retour vers la France se passe toujours très haut. Paul s’identifie avant d’entrer dans la zone de contrôle de Marseille. À Mach 4. Pas de vibration, buses ouvertes au minimum.
« En revanche, la rampe de commande des buses d’admission est complètement à revoir. Quand on n’est pas prévenu, c’est un coup à se casser la gueule. Je comprends mieux Jeff, notre premier pilote d’essai. Idem pour ces satanés volets : la solution technique n’est pas bonne. »
Une vraie bombe, le « Nivelle 001 ».
« On devrait peut-être commencer à penser à descendre, non ? » estime « Haddock ».
Normalement oui. À 200 nautiques, ils volent nettement trop haut et devraient être déjà à 60.000 pieds.
« Vous avez raison : à cette vitesse-là, on est sur Aubenas dans 4 minutes. »
Paul débranche une nouvelle fois Pedro et pique du nez, à la limite du voile rouge naissant.
« Putain ! Ces sangles et ce siège sont vraiment inconfortables ! » Faut dire qu’il y a de quoi se mettre l’estomac à la gorge et que Paul n’est pas physiquement fait pour les sièges-baquets dont les rembourrements lui vrillent les omoplates depuis tout à l’heure…
Puis il sort les ailerons. Et là, stupeur, l’avion plonge et décélère à vive allure, à en faire encore plus mal aux épaules avec les courroies de ceintures de sécurité.
Paul rentre les ailerons… L’accélération est vive et la consommation de carburant s’envole !
« Écoutez ! On va tenter un truc qui n’est dans les manuels… Je coupe les statos, et vous me faites la radio. Mais vous vous tenez près à lancer le turbo quand je vous le dirai. Le bouton du démarreur est là et la commande de la valve d’injection ici. Mais faut attendre que les portes s’ouvrent. Sans ça on va finir totalement à sec avant d’arriver. Ça vous va ? On se fait un plané en espérant que je ne me goure pas trop dans le cap à suivre. »
C’est sûr que ce n’est dans aucun manuel du parfait pilote…
« C’est vous le commandant de bord. Essayez de vous guider sur le radiophare et avec l’ILS ».
Et voilà le « Capitaine Haddock » qui farfouille dans les boutons de la radio du bord comme un vrai « pro », pour régler les appareils de radionavigation et joindre la tour d’arrivée.
Dix minutes plus tard, à jouer sur les entrées/sorties des ailerons, tout en s’appliquant à se mettre dans l’axe de la piste et ne pas faire de trop brusques variations d’altitude, l’autorisation d’atterrir arrive enfin.
« Clear pour apponter ? On sort le train ! »
Paul joue avec les ailerons pour finir par glisser sur la piste à 140 nœuds, bien dans l’axe, sans avoir à rallumer le turbo, sauf en final, pour sortir de la piste et aller au parking.
Où l’engin est pris en charge par l’équipe au sol qui attend depuis le début de l’après-midi l’arrivée du prototype.
« J’avoue que beaucoup de choses sont à revoir sur ce piège ! Mais les céramiques ont tenues : Même pas une égratignure, ni même un pli ! » dit Paul fier comme un pape, une fois sorti de cet engin d’enfer.
Sacrée machine ! « Et vous avez financé ça comment ? »
« Commandant, vous m’avez dit un jour que si j’arrivais à « voler les voleurs », je devais vous faire signe. Bé voilà ! Je vous avais prévenu en début d’année et là, je vous montre que je me suis servi. C’est assez probant, pour vous, non ? »
Pas croyable…
Et la liste de tous les matériels dont ses copains des douanes, des armées, de la marine ont besoin ?
Et ses Clippers ?
 
« Ah, ça, commandant, il faut en demander l’autorisation aux autorités. Politiques… Comme je l’ai fait moi-même. Ils devraient vous écouter avec une certaine attention. Pour ma part, je suis aussi passé par Oséo pour les compléments, vous savez le « machin » qui draine des fonds pour des projets innovants. Le « Grand-Emprunt » de notre Président, ça vous rappelle quelque chose ? »
Le « Capitaine Haddock » en reste scotché, bouche ouverte.
 

 
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mardi 31 août 2010

Opération « Juliette-Siéra » (XXXII)

Trente-deuxième chapitre : Vendredi 27 août 2010  
 
Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Le monde a changé en cette fin d’été 2010. Paul guette l’Airbus A 320 qui fait sa descente sur la piste 35 pour aborder Poretta par le sud. Hier, il a invité le « Capitaine Haddock » qui voulait le rencontrer de toute urgence. « Eh bien venez. Je vous cueille à l’aéroport de Bastia par le premier avion. Je vous emmène faire un tour en mer et vous montre une petite surpriseufologique » a-t-il rajouté comme pour le faire rappliquer plus vite !
L’autre, ne s’est évidemment pas fait prier. Il avait tout juste le temps de rejoindre Orly et d’embarquer pour le premier vol vers Bastia, quasiment vide dans ce sens là en cette fin de saison. Et puis, ça fait toujours plaisir de rencontrer quelques ex-collègues dans le cockpit.
Paul est au rendez-vous.
« Heureux de vous revoir ! » commence Haddock. « Vous savez ce qui se passe ? » demande Haddock oubliant qu’ils s’étaient séparés en se tutoyant, l’année dernière.
Ça dépend sur quel sujet… Il sait plein de choses, bien évidemment.
« Vous avez des bagages ? » Juste le nécessaire en bagage à main. « Eh bien je vous emmène vous mouiller un peu les pieds : j’ai une surprise pour vous ! »
Mouiller les pieds, Paul ne peut pas mieux dire : après un petit parcours sur des routes impossibles contournant l’aéroport à cheval sur la moto de Paul, l’équipage contourne la « Canonica », une vieille chapelle construite sur les ruines d’une plus anciennes encore, puisque datant du VIème siècle, et ils se retrouvent tous les deux à « Mariana-plage ». Longue plage située sur la mer Tyrrhénienne, l’un à retirer les chaussettes et remonter le bas de pantalon sur le sable frais, pendant que l’autre embarque tant bien que mal sa moto sur le « youyou » balloté par les vagues.
Direction le ketch mouillé à quelques encablures.
Passé les vagues de la petite houle résiduelle qui viennent mourir sur la grève, Haddock questionne : « Où va-t-on comme ça ? »
Voir un prototype sur la BA 126, dite Capitaine Preziosi, de Solenzara. « On est attendu pour un vol d’essai sur le coup des 14 heures. C’est à une trentaine de nautiques, on aura le temps de se préparer à déjeuner à bord. Si ça vous dit, vous en êtes ! »
Et pourquoi à voile et pas en voiture ou à moto.
« Vue la circulation en cette période de grands retour, on mettrait presque autant de temps. Et puis il y a des radars tout le long de la N 198… Casse-gueule les freinages à l’emporte-pièce. »
Par ailleurs, Paul fera hiverner son voilier une partie de la morte saison au port de plaisance voisin.
« Et puis on pourra déjeuner à bord avant ! » Le café d’Air-France laissant comme un goût de revenez-y et le départ matinal a été tellement précipité, que la perspective est finalement la bienvenue…
« Un vol d’essai de quoi ? »
LE prototype sorti des labos et ateliers de la MAPEA au mois de juin dernier.
« Nous avons fait quelques essais statiques dans la cour de l’usine. C’est juste un démonstrateur. 16 tonnes à pleine charge. Mais le premier vol, il y a une semaine a failli tuer le pilote. Depuis, il a renoncé. En venant se poser jusqu’ici en catastrophe. Nous, nous allons tenter de le ramener à Aubenas, en faisant un essai température, vitesse et altitude ! Juste histoire de valider le concept… »
Cinglé le capitaine de corvette…
 
Une fois la manœuvre de dérapage sur le mouillage, toutes voiles dehors et bien réglées, la pale du pilote automatique immergée, le cap au sud, Paul à la roue de barre située en poste central, Haddock se dit que c’est le moment de commencer à l’enquérir des nouvelles de Paris.
« Je suis ravi de vous rencontrer et de participer à un petit vol d’essai, mais savez-vous ce qui se passe à Paris, en ce moment ? »
Il pleut, non ?
« Pas du tout. Votre enquête est en ligne depuis le début du mois ! Sur un blog anonyme. Avec de tels détails qu’il ne peut venir que de vous. »
Oui, ça, il est au courant. « Ces pages ont été mises en ligne depuis un cybercafé au mois de mai et j’ai été soupçonné d’avoir transmis ce texte à un certain René Dupont qui l’aurait romancé. C’est vrai que certains détails sont assez troublants. La trame elle-même l’est tout autant. Mais un, je ne connais pas, ni d’Ève ni d’Adam ce Dupont ; deux, mon rapport ne couvre qu’une toute petite partie de cette histoire mise en ligne. Il tient en même pas 10 feuillets de synthèse. Je ne vois pas comment on peut en tirer une trentaine de post, sauf à se tamponner les 3.627 pages des annexes et des comptes. Même moi, je n’ai pas pu faire plus court. D’autant que ce gars-là n’est pas connu des services de police, n’est militant de rien et à rien, n’a pas vraiment d’activité professionnelle assumée. S’il avait voulu se refaire ou seulement améliorer son train de vie, il l’aurait vendu, son roman.
Trois, mon rapport a été remis en deux exemplaires papiers et un CD-Rom crypté avec une clé de 1.024 bits. Sauf à avoir le code de cryptage, tous les ordinateurs de la planète réunis mettraient un million d’années avant d’espérer le casser. Si fuite il y a, ça ne peut venir que de vous, ou du ministère. »
Non ! Pas au mois de mai, mais là, durant le mois d’août. Et ce n’est pas fini.
« Le blog de l’ignoble infréquentable ! »
Ah ? « Peut-être qu’il a juste pompé les textes mis en ligne, ailleurs et avant alors ? »
« Ça veut aussi dire que vous confirmez avoir abouti et récupérer les fonds de la division Daguet ? ».
Paul ne confirme rien : Il le lui avait déjà fait savoir. « J’ai déjà oublié dont vous voulez parler, « old chap ». Je suis sur autre chose et je vais vous montrer ce qu’on peut faire avec trois sous et quelques bouts de ficelle, si vous voulez bien risquez votre peau sur un prototype avec moi ! »
Présenté comme ça, ce n’est pas si sûr.
 
En fait, le « Capitaine Haddock » est venu pour parler d’encore autre chose, si Paul de Bréveuil ne veut pas revenir sur « l’opération Isidore ».
Les langoustes grillées sur le barbecue du bord commencent à dégager un fumet exquis. « Je vais aussi vous faire du figatellu, un sifflard du pays qu’on mange normalement avec des œufs au plat. Vous verrez, c’est nettement plus fort que ces machins achetés hier soir au pêcheur de Solenzara qui a dû les trouver à Rungis le matin même… Je le fais cuire après, parce que ça dégage un fumet qui pourrait gâter les langoustes ! »
Haddock n’en a cure. Il veut livrer ses messages.
Tout d’abord le remboursement à l’Otan des fonds récupérés sur l’extinction des puits de pétrole en feu du Koweït est d’une extrême importance, car l’Otan a une importance vitale pour la paix sur la planète. C’est en effet autour de l’Otan que va se constituer une « gendarmerie planétaire », seule capable d’assurer un véritable contrôle des États qui seraient tentés par des dérives totalitaires.
La conversation revient sur le « prototype-démonstrateur » qui est stationné, à la va-vite à Solenzara. « Mon pilote d’essai a eu un mal fou à contrôler sa machine. Vous verrez, ça ressemble à s’y méprendre à l’un de vos OVNI qui vous passionnent tant ! Une machine qui est à revoir… Les buses de carburant, les ailerons, le pilote automatique du bord qui n’est pas assez rapide. Il s’est envoyé en voile noir à plusieurs reprises. Et nous on va tenter de ramener le prototype à Aubenas sans se casser la gueule. J’aimerai bien voir la tête des céramiques des bords d’attaque quand même ! »
Il a une licence « pilote d’essai », pour piloter un prototype, au fait ?
« Non mais ce n’est pas grave : il est à moi, enfin à ma boîte. Et vaut mieux le ramener par les airs que par la route : ça attirera moins les regards indiscrets en haute altitude ! »
 
Le « capitaine Haddock » rebondit : « Savez-vous que j’ai participé, le 12 novembre 1997, à une conférence au National Press Club de Washington, qui rassemblait les plus indiscutables témoignages d’OVNI ? Je dois vous avouer que l’exposé du Général-major Wilfried de Brouwer, de la force aérienne belge, a été extrêmement convaincant, car la défense belge a répertorié près de 400 observations indiscutables d’OVNI sur près de six mois. D’ailleurs, un organisme indépendant en a répertorié encore plus : près de 2.000 en deux ans… »
Paul, se tait : la langouste au charbon de bois mérite un peu d’huile d’olive semée avec attention et parcimonie, au goutte-à-goutte, pour éviter de tout flamber.
Et puis ce n’est pas 2.000 mais 4.500 observations qui on été faites en 50 ans, dont 1.500 en France, dont une bonne dizaine sont répertoriées comme « absolument sûres » par la COMETA.
Une commission de haut-gradés de toutes les administrations concernées de près ou de loin par l’espace aérien.
De plus, en qualité d’ex-pilote de chasse, il est parfaitement au courant des consignes en cas de rencontre avec un OVNI. Dès qu’il est identifié au radar, on va au visuel, mais en aucun cas il est question d’acquérir la cible au radar de tir : on ne sait pas si la réplique de l’engin inconnu peut être immédiate, et définitive… Mais il n’en avait jamais croisé dans sa courte carrière de militaire.
Le « capitaine Haddock » poursuit toujours aussi imperturbablement son laïus : « La planète est sous surveillance depuis des décennies par une ou plusieurs civilisations extraterrestres qui sont particulièrement alarmées par le niveau de corruption et d’irresponsabilité de nombreux dirigeants politiques. Le détournement des indemnités de la guerre du Golfe ainsi que l’affaire de l’escroquerie sur l’extinction des puits de pétrole ne peut qu’attirer l’attention de nos visiteurs au même titre que les milliers de têtes nucléaires opérationnelles… ».
Oui, oui ! Et emporter Dupont à publier ses post. Ou l’autre d’ignoble !
« Et vous pensez vraiment que les États-Unis attachent une grande importance à tous ces phénomènes ? ».
« Voyez-vous, je suis très connu aux USA dans les « services » pour avoir été le dénonciateur du détournement des indemnités de la guerre du Golfe. Ce détournement a révolté toute la haute hiérarchie de l’armée américaine – vous en savez quelque chose et, lorsque j’ai témoigné au NPC à Washington, j’ai eu l’énorme surprise de constater que mon témoignage était repris en priorité par CNN qui l’a diffusé, en boucle, pendant 48 heures… »
La Une de CNN ! Mazette le « quart d’heure de gloire » en boucle !
« Vous voulez dire que votre témoignage a été retenu en priorité, avant tous les autres, parce que vous traitiez aussi le dossier de la guerre du Golfe ?... ».
Haddock opine du chef et sait qu’il a été compris.
« C’est exactement cela. Si l’observation que j’ai faite d‘un OVNI au-dessus de Paris avec mon équipage est spectaculaire, les autres observations auraient tout aussi bien pu faire la une de CNN. Il y avait notamment « Fife Syming Tonne », le gouverneur de l’Arizona, qui témoignait sur l’observation de Phoenix et il pèse un tout autre poids médiatique aux USA que moi-même. Ceci est peut-être une coïncidence, mais j’ai eu droit à d’autres « coïncidences » qui ne trompent pas »
Admettons. C’est curieux pour des américains, mais comme ils ont toujours considéré les « frenchies » comme des empaffés un peu cinglés ou déjantés, ça allait peut-être dans le bon sens du moment.
 
« La défense française et la défense américaine ont suivi très attentivement toutes mes actions contre la trahison de « Thieriment ». Le fait que je n’ai jamais pardonné sa trahison envers nos armées ne pouvait qu’être bien prise par les Américains qui savaient, de plus, que les fonds de l’Otan faisaient partie du même dossier. Et c’est vraisemblablement la raison pour laquelle cette observation d’OVNI a été diffusée en priorité sur CNN. »
Ah ?
Lier de bas-détournements de fonds, certes spectaculaires par leur montant, avec des affaires de petits-hommes-verts, c’est assez osé, en effet.
« Savez-vous que la présence extraterrestre sur la Terre est classé à un niveau de confidentialité supérieur à celui de l’armement nucléaire ? »
« Ouais, peut-être. Mais qui donc a organisé cette fuite dévoilant mes supposées turpitudes pour récupérer les fonds de la Nation sur le web ?... ».
« La fuite du dossier sur le web trouve naturellement son origine à l’état-major des armées qui refuse toujours que l’élite de la Marine, de l’Armée de l’Air et de l’Armée de Terre, continue à être prise par les dirigeants politiques pour un ramassis de « Pov’Kons aux ordres », comme c’est le cas depuis trois décennies !... »
Admettons, même si ce n’est pas tout à fait comme ça que Paul a pu voir les choses…
Le « capitaine Haddock », dont le verre commence à se vider sérieusement, fait un bilan de l’état d’esprit des amiraux et des généraux qu’il côtoie depuis plus de quinze ans : « Voyez-vous capitaine, si les relations de la défense avec « l’Etna » sont courtoises, il n’en demeure pas moins que l’addition sur les détournements de fonds de l’époque de «Thieriment  » est loin d’avoir été présentée à la classe politique. Ces détournements de fonds publics ne seront jamais « digérés » par nos militaires qui ne veulent pas être complices d’actes illégaux comme le détournement des indemnités de la guerre du Golfe ou l’escroquerie de l’extinction des puits de pétrole en feu au Koweït. Vous savez que les officiers formés dans nos écoles militaires, École Navale, École de l’Air et Saint-Cyr, sont tout à fait conscients de l’exigence du respect de la loi pour les crimes et délits ainsi que pour la conduite à tenir face aux ordres illégaux. »
Oui, il sait ! L’article 40 du Code de procédure pénale précise que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs ».
L’instruction ministérielle n° 201710 relative aux devoirs du soldat à qui un ordre illégal a été ordonné précise sans aucune ambiguïté qu’un militaire, mis dans une telle situation, doit « refuser les ordres illégaux », et le révéler ce fait « par tout moyen, directement et dans les plus brefs délais : soit au ministre de la Défense, soit à son chef d'état-major, soit à l'inspecteur général de son armée ».
Il connaît son Code, Paul.
« Cette instruction définit les conditions dans lesquelles les militaires doivent appliquer les prescriptions de la loi portant Statut Général des Militaires et celles du décret du 15 juillet 2005 portant règlement de discipline générale. L’état-major des armées connaît parfaitement cette réglementation et se base sur les lois pour refuser toute véritable complicité avec les politiques qui ont réalisé ces détournements de fonds. »
Manquerait plus que les officiers d’état-major se mettent à contravention avec leurs propres textes…
« La seul raison pour laquelle la défense n’a pas encore transmis à la justice toutes les informations qu’elle possède, et qui sont autant de délits ne pouvant pas faire l’objet du secret défense, a tenu dans la difficulté à identifier puis à récupérer ces fonds. »
Pourquoi me raconte-t-il tout ça, se demande Paul ? Il fait beau, le clapotis de l’étrave sonne claire, le fasseillage de la bordure du foc annonçant avec régularité la légère abattée du pilote automatique. Il fait beau et encore chaud.
Ne comprend pas qu’on puisse ainsi se fatiguer pour de vieilles histoires.
L’état-major en savait déjà assez long sur… sa propre ignorance dans cette affaire, quand les cartons secret-défense sont arrivés au siège parisien de la MAPEA avant même qu’on lui tire dessus.
C’est après, quand il leur a remis le dossier de synthèse et les annexes, qu’ils ont pu en mesurer tout le gouffre.
« Il faut, d’autre part, ne pas nuire à l’image de la France ou encore à nos relations avec nos alliés de l’Otan. Toute une série de raisons qui font que le dossier peut difficilement être rendu public sans provoquer une crise politique qui entraînera la fin de la Vème république. Aussi la meilleure solution est-elle une fuite humoristiquement organisée sur le web. »
Donc, Dupont, c’est lui ?
« C’est une étape de communication qui va indiquer très clairement à nos dirigeants politiques corrompus, ou lâches, que les chefs d’état-major, actuels ou en retraite, ne baisseront jamais la garde sur la corruption politique… ».
On en avait vu d’autres, mais admettons : ce n’est plus lui, mais bien une équipe de scribouillards du ministère qui s’est tamponné tout le contenu du rapport. « M’en tamponne le coquillard ! », pense Paul. « Ce rapport, c’est leur propriété, finalement : ils en font ce qu’ils veulent. »
« Certes ! Mais à titre personnel, quelles ont été les conséquences de vos propres actions « main-propre ?... ».
 
« En fait, la conséquence la plus visible de mon action a été, jusqu’à maintenant, l’arrêt de la grève des pilotes « d’Air-Transe » pendant le Mondial de Foot en juin 1998 ; souvenez-vous du battement médiatique qui a eu lieu au début juin 1998 pour stigmatiser les pilotes de ligne – ces privilégiés – qui entamaient une grève pour conserver leurs salaires exorbitants et avantages divers alors qu’un échange « salaire-actions » était proposé par « Jean-Cyril Spin-Etna ». Cela correspondait à la politique égalitariste d’un gouvernement de gauche incapable de réaliser que les efforts doivent être rémunérés en fonction de la responsabilité et des obligations d’un métier, et que l’égalitarisme salarial – promue par des dirigeants corrompus jusqu’à la moelle - n’est rien d’autre qu’une immaturité infantile qui condamne un pays à la stagnation ou même à l’effondrement ». Paul avait lu cette histoire-là sur le blog d’alerte éthique[1], en effet : le couplet « idéologique ».
« Lors de la grève à « d’Air-Transe » de juin 1998, les pilotes étaient particulièrement remontés et lorsque que j’ai informé « Jean-Charles Kore-Bête » du dossier déposé au ministère des finances sur le détournement des indemnités de la guerre du Golfe, il m’a immédiatement répondu : « Si le gouvernement lance ses « chiens de guerre » sur les pilotes nous rendrons public cette histoire de détournement de fonds en mondovision !... »
« J’ai lu ça sur votre blog. Admettons : ils se sont immédiatement calmés en haut lieu de la « gauche plurielle », je suis au courant. »
Le « capitaine Haddock », très satisfait de sa révélation, se reprend une rasade de whisky sur la réserve du bord (qui n’est pourtant pas du Loch Lomond[2]) et continue : « J’ai su par la suite que des membres du syndicat des pilotes auraient reçu des menaces destinées à les faire taire. Je n’en sais pas plus, mais une chose est certaine : la grève s’est soudainement arrêtée le 8 juin 1998 lorsque j’ai écrit au ministre des finances de l’époque, celui qui fait banquier mondial actuellement, pour lui rappeler le dossier de la guerre du Golfe. J’avais envoyé, de plus, ce courrier à toute la presse et aux télévisions, et le gouvernement a compris qu’il fallait immédiatement céder aux pilotes « d’Air-Transe » sous peine de voir un gigantesque scandale éclater. De plus, il aurait été immédiatement confirmé par les pays du Golfe ou par des sources d’Outre-Atlantique. Le gouvernement et « Air-Transe » n’avaient pas d’autre choix que de céder. Et ensuite le syndicat des pilotes n’a plus bougé sur le dossier… ».
Un grand n’importe quoi, là : si les courriers avaient été aussi fracassants, il y aurait bien eu un tabloïd pour les reprendre !
On sait tout des positions coïtales des uns et des autres, alors une pareille énormité, elle aurait fait le tour de la planète en peu de temps !
Il se la pète, le « capitaine Haddock », dès qu’on passe aux alcools forts !
« Attendez ! Je dois tout d’abord souligner que l’arrêt de la grève a été faite avec l’aide de mon conseil « Maître Rouflaquette », avocat à la cour, et qui a été aussi le destinataire de tous mes courriers aux différents ministres des finances qui se sont succédés depuis 1998.
Ensuite, le résultat du conflit a été que, au lieu de 20 % de moins de salaire, les pilotes long-courriers ont eu 50 % de salaire en plus par une série d’avantages comme le paiement des « heures créditées », qui sont des heures de vol payées pour chaque journée passée à l’hôtel (4 heures de vol payées pour chaque jour d’hôtel), ou encore un forfait journalier accordé par le fisc au titre des frais réels pour les d’indemnités en escale…
Vous voyez que l’action du « capitaine Haddock » a été très positive pour les pilotes de ligne qui gardent malgré tout en réserve ce dossier au cas où les dirigeants actuels auraient la mauvaise idée de remettre en question leurs avantages… ».
Bé voyons ! Que deviendraient tous ces pauvres pilotes sans « Haddock » ?
« Quant à « Jean-Charles Kor-Bête », qui était un copain rugbyman de « J-C Gay-Sot », le ministre communiste des transports de l’époque, on lui a vendu la compagnie « Ayr-Lib » qui était en faillite, qu’il a rachetée pour une poignée de figues en plaçant tous les actifs intéressants dans son Holding « HolKo » ; « HolKo » pour « Holding Kore-Bête » !... »
Et puis il a fini devant un tribunal correctionnel pour faillite frauduleuse, tout le monde sait ça.
Paul perçoit que le « capitaine Haddock » est prêt à lâcher quelques confidences supplémentaires. « Ça va bientôt être prêt. Que savez-vous de plus que je ne sache pas déjà ?... ».
« Haddock », alors que Paul lui sert sa langouste, avant de mettre au feu les figatelli tranchés tout du long par moitié afin que le gras dégouline franchement dans la braise, sait maintenant qu’il peut confier au Capitaine de corvette Paul de Bréveuil le véritable niveau de soutien qu’il a obtenu des « étoiles ».
« Il faut que vous sachiez que toutes les actions que j’ai entreprises sont suivies avec une extrême attention par l’état-major des armées, car j’ai trouvé la faille du système en faisant une déclaration à la BCR du Havre en janvier 1998 au sujet du détournement des indemnités de la guerre du Golfe.
Mon action pendant la grève des pilotes a été extrêmement bien prise à l’état-major des armées car le dossier était alors « sur les rails » : parfaitement connu des principaux dirigeants politiques et des médias, et, de plus, la défense nationale était parfaitement « dédouanée » sur cette affaire car le dossier avait été transmis par une voie officielle au ministère des finances ».
« Pas mauvais, hein ? » répond Paul, les doigts s’attaquant à la carcasse de sa bestiole. « Et alors, quelles ont été les réactions de la défense nationale à la suite de votre action ?... ».
« Voyez-vous capitaine, l’arrêt de la grève des pilotes de juin 1998 a permis à la défense de se sentir déchargée d’un énorme poids qui était celui du devoir de se taire, façon d’une trahison monstrueuse, car le dossier avait atteint les salles de rédaction. L’Armée de l’Air m’a immédiatement fait part de sa vive satisfaction, d’une façon que je n’aurais jamais imaginée... »
« Ah ? Que voulez-vous dire ? »
« Capitaine, quelques jours après l’arrêt de la grève des pilotes de juin 1998, je suis descendu en TGV sur Bordeaux et le train a été attaqué par un Mirage 2000, en entrainement bien sûr !  J’étais assis à tribord et, près de Tours, j’ai vu un Mirage 2000 nous rattraper – il volait à faible vitesse – et faire une passe de tir sur ma place, puis un break pour dégager…Une façon de me dire : « nous sommes bien là, merci ! » ».
Pas commun, en effet… Faut imaginer le travail du pilote pour décoller un avion, toutes les autorisations à obtenir, y compris pour survoler un train à basse altitude hors des espaces réservés à l’armée, le boulot de navigation et de minutage pour retrouver la cible. Pas un hasard, bien entendu. Sans compter le travail de renseignement en amont !
Mais peut-être bien aussi une menace… Il n’a pas pensé à ça, le « Haddock » dégustant de la langouste.
Paul se montre sceptique : « C’est peut-être une coïncidence, avec un entraînement exceptionnel au tir sur un TGV… ? ».
« Assez peu probable ; les pilotes de chasse évitent les passes de tir sur des cibles civiles et, de plus, j’ai eu une deuxième manifestation de ce genre et qui n’est pas passé inaperçue – c’est le moins que l’on puisse dire…
Pendant la présidentielle de 2007, je suis intervenu en continu sur le web pour rappeler aux candidats socialistes l’histoire du détournement des indemnités de la guerre du Golfe afin de soutenir le candidat « Krasosky » et empêcher la victoire de la gauche.
Puis, au bout d’un an, ne voyant venir aucune action sur le dossier, en juin 2008, j’ai envoyé un courrier à « Garde-Là Kiki » afin de lui rappeler le dossier. Et là j’ai eu l’énorme surprise, quelques jours plus tard, de voir une patrouille de trois Transall survoler, à 50 mètres de haut et à très basse vitesse, mon « château » situé en plein milieu d’un petit village du pays de Caux.
L’altitude et la vitesse de ces Transall correspondaient aux caractéristiques d’un lâcher de paras de nos Forces Spéciales… L’un de ces Transall était blanc, et les deux autres kaki… Ce survol a bien sûr été remarqué par tous les habitants de mon petit village »…
Bé un peu plus, il se prenait des cocoïs sur la tronche, le « Haddock » ?
« Vous voulez dire que l’Armée de l’Air a envoyé trois Transall en formation au-dessus de votre château pour vous remercier de votre intervention ?... ».
« C’est exactement cela. Les militaires sont tenus par leur devoir de réserve et tout officier qui enverrait une lettre de ce type à la ministre des finances serait immédiatement sanctionné par sa hiérarchie. Même le commandant de gendarmerie Matelly a été renvoyé récemment pour avoir exprimé son point de vue sur le rapprochement gendarme/police. C’est dire si la « grande muette » est réduite au silence dans les rangs, même encore aujourd’hui.
Or, ce n’est pas du tout ma préoccupation et je suis beaucoup plus libre d’agir qu’un officier d’active surtout que je mets aussitôt mes courriers en ligne sur le web !... ».
Paul avait pu en lire beaucoup…
 

 
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[1] http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/
[2] http://www.lochlomonddistillery.com/