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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

mardi 31 août 2010

Opération « Juliette-Siéra » (XXXII)

Trente-deuxième chapitre : Vendredi 27 août 2010  
 
Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Le monde a changé en cette fin d’été 2010. Paul guette l’Airbus A 320 qui fait sa descente sur la piste 35 pour aborder Poretta par le sud. Hier, il a invité le « Capitaine Haddock » qui voulait le rencontrer de toute urgence. « Eh bien venez. Je vous cueille à l’aéroport de Bastia par le premier avion. Je vous emmène faire un tour en mer et vous montre une petite surpriseufologique » a-t-il rajouté comme pour le faire rappliquer plus vite !
L’autre, ne s’est évidemment pas fait prier. Il avait tout juste le temps de rejoindre Orly et d’embarquer pour le premier vol vers Bastia, quasiment vide dans ce sens là en cette fin de saison. Et puis, ça fait toujours plaisir de rencontrer quelques ex-collègues dans le cockpit.
Paul est au rendez-vous.
« Heureux de vous revoir ! » commence Haddock. « Vous savez ce qui se passe ? » demande Haddock oubliant qu’ils s’étaient séparés en se tutoyant, l’année dernière.
Ça dépend sur quel sujet… Il sait plein de choses, bien évidemment.
« Vous avez des bagages ? » Juste le nécessaire en bagage à main. « Eh bien je vous emmène vous mouiller un peu les pieds : j’ai une surprise pour vous ! »
Mouiller les pieds, Paul ne peut pas mieux dire : après un petit parcours sur des routes impossibles contournant l’aéroport à cheval sur la moto de Paul, l’équipage contourne la « Canonica », une vieille chapelle construite sur les ruines d’une plus anciennes encore, puisque datant du VIème siècle, et ils se retrouvent tous les deux à « Mariana-plage ». Longue plage située sur la mer Tyrrhénienne, l’un à retirer les chaussettes et remonter le bas de pantalon sur le sable frais, pendant que l’autre embarque tant bien que mal sa moto sur le « youyou » balloté par les vagues.
Direction le ketch mouillé à quelques encablures.
Passé les vagues de la petite houle résiduelle qui viennent mourir sur la grève, Haddock questionne : « Où va-t-on comme ça ? »
Voir un prototype sur la BA 126, dite Capitaine Preziosi, de Solenzara. « On est attendu pour un vol d’essai sur le coup des 14 heures. C’est à une trentaine de nautiques, on aura le temps de se préparer à déjeuner à bord. Si ça vous dit, vous en êtes ! »
Et pourquoi à voile et pas en voiture ou à moto.
« Vue la circulation en cette période de grands retour, on mettrait presque autant de temps. Et puis il y a des radars tout le long de la N 198… Casse-gueule les freinages à l’emporte-pièce. »
Par ailleurs, Paul fera hiverner son voilier une partie de la morte saison au port de plaisance voisin.
« Et puis on pourra déjeuner à bord avant ! » Le café d’Air-France laissant comme un goût de revenez-y et le départ matinal a été tellement précipité, que la perspective est finalement la bienvenue…
« Un vol d’essai de quoi ? »
LE prototype sorti des labos et ateliers de la MAPEA au mois de juin dernier.
« Nous avons fait quelques essais statiques dans la cour de l’usine. C’est juste un démonstrateur. 16 tonnes à pleine charge. Mais le premier vol, il y a une semaine a failli tuer le pilote. Depuis, il a renoncé. En venant se poser jusqu’ici en catastrophe. Nous, nous allons tenter de le ramener à Aubenas, en faisant un essai température, vitesse et altitude ! Juste histoire de valider le concept… »
Cinglé le capitaine de corvette…
 
Une fois la manœuvre de dérapage sur le mouillage, toutes voiles dehors et bien réglées, la pale du pilote automatique immergée, le cap au sud, Paul à la roue de barre située en poste central, Haddock se dit que c’est le moment de commencer à l’enquérir des nouvelles de Paris.
« Je suis ravi de vous rencontrer et de participer à un petit vol d’essai, mais savez-vous ce qui se passe à Paris, en ce moment ? »
Il pleut, non ?
« Pas du tout. Votre enquête est en ligne depuis le début du mois ! Sur un blog anonyme. Avec de tels détails qu’il ne peut venir que de vous. »
Oui, ça, il est au courant. « Ces pages ont été mises en ligne depuis un cybercafé au mois de mai et j’ai été soupçonné d’avoir transmis ce texte à un certain René Dupont qui l’aurait romancé. C’est vrai que certains détails sont assez troublants. La trame elle-même l’est tout autant. Mais un, je ne connais pas, ni d’Ève ni d’Adam ce Dupont ; deux, mon rapport ne couvre qu’une toute petite partie de cette histoire mise en ligne. Il tient en même pas 10 feuillets de synthèse. Je ne vois pas comment on peut en tirer une trentaine de post, sauf à se tamponner les 3.627 pages des annexes et des comptes. Même moi, je n’ai pas pu faire plus court. D’autant que ce gars-là n’est pas connu des services de police, n’est militant de rien et à rien, n’a pas vraiment d’activité professionnelle assumée. S’il avait voulu se refaire ou seulement améliorer son train de vie, il l’aurait vendu, son roman.
Trois, mon rapport a été remis en deux exemplaires papiers et un CD-Rom crypté avec une clé de 1.024 bits. Sauf à avoir le code de cryptage, tous les ordinateurs de la planète réunis mettraient un million d’années avant d’espérer le casser. Si fuite il y a, ça ne peut venir que de vous, ou du ministère. »
Non ! Pas au mois de mai, mais là, durant le mois d’août. Et ce n’est pas fini.
« Le blog de l’ignoble infréquentable ! »
Ah ? « Peut-être qu’il a juste pompé les textes mis en ligne, ailleurs et avant alors ? »
« Ça veut aussi dire que vous confirmez avoir abouti et récupérer les fonds de la division Daguet ? ».
Paul ne confirme rien : Il le lui avait déjà fait savoir. « J’ai déjà oublié dont vous voulez parler, « old chap ». Je suis sur autre chose et je vais vous montrer ce qu’on peut faire avec trois sous et quelques bouts de ficelle, si vous voulez bien risquez votre peau sur un prototype avec moi ! »
Présenté comme ça, ce n’est pas si sûr.
 
En fait, le « Capitaine Haddock » est venu pour parler d’encore autre chose, si Paul de Bréveuil ne veut pas revenir sur « l’opération Isidore ».
Les langoustes grillées sur le barbecue du bord commencent à dégager un fumet exquis. « Je vais aussi vous faire du figatellu, un sifflard du pays qu’on mange normalement avec des œufs au plat. Vous verrez, c’est nettement plus fort que ces machins achetés hier soir au pêcheur de Solenzara qui a dû les trouver à Rungis le matin même… Je le fais cuire après, parce que ça dégage un fumet qui pourrait gâter les langoustes ! »
Haddock n’en a cure. Il veut livrer ses messages.
Tout d’abord le remboursement à l’Otan des fonds récupérés sur l’extinction des puits de pétrole en feu du Koweït est d’une extrême importance, car l’Otan a une importance vitale pour la paix sur la planète. C’est en effet autour de l’Otan que va se constituer une « gendarmerie planétaire », seule capable d’assurer un véritable contrôle des États qui seraient tentés par des dérives totalitaires.
La conversation revient sur le « prototype-démonstrateur » qui est stationné, à la va-vite à Solenzara. « Mon pilote d’essai a eu un mal fou à contrôler sa machine. Vous verrez, ça ressemble à s’y méprendre à l’un de vos OVNI qui vous passionnent tant ! Une machine qui est à revoir… Les buses de carburant, les ailerons, le pilote automatique du bord qui n’est pas assez rapide. Il s’est envoyé en voile noir à plusieurs reprises. Et nous on va tenter de ramener le prototype à Aubenas sans se casser la gueule. J’aimerai bien voir la tête des céramiques des bords d’attaque quand même ! »
Il a une licence « pilote d’essai », pour piloter un prototype, au fait ?
« Non mais ce n’est pas grave : il est à moi, enfin à ma boîte. Et vaut mieux le ramener par les airs que par la route : ça attirera moins les regards indiscrets en haute altitude ! »
 
Le « capitaine Haddock » rebondit : « Savez-vous que j’ai participé, le 12 novembre 1997, à une conférence au National Press Club de Washington, qui rassemblait les plus indiscutables témoignages d’OVNI ? Je dois vous avouer que l’exposé du Général-major Wilfried de Brouwer, de la force aérienne belge, a été extrêmement convaincant, car la défense belge a répertorié près de 400 observations indiscutables d’OVNI sur près de six mois. D’ailleurs, un organisme indépendant en a répertorié encore plus : près de 2.000 en deux ans… »
Paul, se tait : la langouste au charbon de bois mérite un peu d’huile d’olive semée avec attention et parcimonie, au goutte-à-goutte, pour éviter de tout flamber.
Et puis ce n’est pas 2.000 mais 4.500 observations qui on été faites en 50 ans, dont 1.500 en France, dont une bonne dizaine sont répertoriées comme « absolument sûres » par la COMETA.
Une commission de haut-gradés de toutes les administrations concernées de près ou de loin par l’espace aérien.
De plus, en qualité d’ex-pilote de chasse, il est parfaitement au courant des consignes en cas de rencontre avec un OVNI. Dès qu’il est identifié au radar, on va au visuel, mais en aucun cas il est question d’acquérir la cible au radar de tir : on ne sait pas si la réplique de l’engin inconnu peut être immédiate, et définitive… Mais il n’en avait jamais croisé dans sa courte carrière de militaire.
Le « capitaine Haddock » poursuit toujours aussi imperturbablement son laïus : « La planète est sous surveillance depuis des décennies par une ou plusieurs civilisations extraterrestres qui sont particulièrement alarmées par le niveau de corruption et d’irresponsabilité de nombreux dirigeants politiques. Le détournement des indemnités de la guerre du Golfe ainsi que l’affaire de l’escroquerie sur l’extinction des puits de pétrole ne peut qu’attirer l’attention de nos visiteurs au même titre que les milliers de têtes nucléaires opérationnelles… ».
Oui, oui ! Et emporter Dupont à publier ses post. Ou l’autre d’ignoble !
« Et vous pensez vraiment que les États-Unis attachent une grande importance à tous ces phénomènes ? ».
« Voyez-vous, je suis très connu aux USA dans les « services » pour avoir été le dénonciateur du détournement des indemnités de la guerre du Golfe. Ce détournement a révolté toute la haute hiérarchie de l’armée américaine – vous en savez quelque chose et, lorsque j’ai témoigné au NPC à Washington, j’ai eu l’énorme surprise de constater que mon témoignage était repris en priorité par CNN qui l’a diffusé, en boucle, pendant 48 heures… »
La Une de CNN ! Mazette le « quart d’heure de gloire » en boucle !
« Vous voulez dire que votre témoignage a été retenu en priorité, avant tous les autres, parce que vous traitiez aussi le dossier de la guerre du Golfe ?... ».
Haddock opine du chef et sait qu’il a été compris.
« C’est exactement cela. Si l’observation que j’ai faite d‘un OVNI au-dessus de Paris avec mon équipage est spectaculaire, les autres observations auraient tout aussi bien pu faire la une de CNN. Il y avait notamment « Fife Syming Tonne », le gouverneur de l’Arizona, qui témoignait sur l’observation de Phoenix et il pèse un tout autre poids médiatique aux USA que moi-même. Ceci est peut-être une coïncidence, mais j’ai eu droit à d’autres « coïncidences » qui ne trompent pas »
Admettons. C’est curieux pour des américains, mais comme ils ont toujours considéré les « frenchies » comme des empaffés un peu cinglés ou déjantés, ça allait peut-être dans le bon sens du moment.
 
« La défense française et la défense américaine ont suivi très attentivement toutes mes actions contre la trahison de « Thieriment ». Le fait que je n’ai jamais pardonné sa trahison envers nos armées ne pouvait qu’être bien prise par les Américains qui savaient, de plus, que les fonds de l’Otan faisaient partie du même dossier. Et c’est vraisemblablement la raison pour laquelle cette observation d’OVNI a été diffusée en priorité sur CNN. »
Ah ?
Lier de bas-détournements de fonds, certes spectaculaires par leur montant, avec des affaires de petits-hommes-verts, c’est assez osé, en effet.
« Savez-vous que la présence extraterrestre sur la Terre est classé à un niveau de confidentialité supérieur à celui de l’armement nucléaire ? »
« Ouais, peut-être. Mais qui donc a organisé cette fuite dévoilant mes supposées turpitudes pour récupérer les fonds de la Nation sur le web ?... ».
« La fuite du dossier sur le web trouve naturellement son origine à l’état-major des armées qui refuse toujours que l’élite de la Marine, de l’Armée de l’Air et de l’Armée de Terre, continue à être prise par les dirigeants politiques pour un ramassis de « Pov’Kons aux ordres », comme c’est le cas depuis trois décennies !... »
Admettons, même si ce n’est pas tout à fait comme ça que Paul a pu voir les choses…
Le « capitaine Haddock », dont le verre commence à se vider sérieusement, fait un bilan de l’état d’esprit des amiraux et des généraux qu’il côtoie depuis plus de quinze ans : « Voyez-vous capitaine, si les relations de la défense avec « l’Etna » sont courtoises, il n’en demeure pas moins que l’addition sur les détournements de fonds de l’époque de «Thieriment  » est loin d’avoir été présentée à la classe politique. Ces détournements de fonds publics ne seront jamais « digérés » par nos militaires qui ne veulent pas être complices d’actes illégaux comme le détournement des indemnités de la guerre du Golfe ou l’escroquerie de l’extinction des puits de pétrole en feu au Koweït. Vous savez que les officiers formés dans nos écoles militaires, École Navale, École de l’Air et Saint-Cyr, sont tout à fait conscients de l’exigence du respect de la loi pour les crimes et délits ainsi que pour la conduite à tenir face aux ordres illégaux. »
Oui, il sait ! L’article 40 du Code de procédure pénale précise que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs ».
L’instruction ministérielle n° 201710 relative aux devoirs du soldat à qui un ordre illégal a été ordonné précise sans aucune ambiguïté qu’un militaire, mis dans une telle situation, doit « refuser les ordres illégaux », et le révéler ce fait « par tout moyen, directement et dans les plus brefs délais : soit au ministre de la Défense, soit à son chef d'état-major, soit à l'inspecteur général de son armée ».
Il connaît son Code, Paul.
« Cette instruction définit les conditions dans lesquelles les militaires doivent appliquer les prescriptions de la loi portant Statut Général des Militaires et celles du décret du 15 juillet 2005 portant règlement de discipline générale. L’état-major des armées connaît parfaitement cette réglementation et se base sur les lois pour refuser toute véritable complicité avec les politiques qui ont réalisé ces détournements de fonds. »
Manquerait plus que les officiers d’état-major se mettent à contravention avec leurs propres textes…
« La seul raison pour laquelle la défense n’a pas encore transmis à la justice toutes les informations qu’elle possède, et qui sont autant de délits ne pouvant pas faire l’objet du secret défense, a tenu dans la difficulté à identifier puis à récupérer ces fonds. »
Pourquoi me raconte-t-il tout ça, se demande Paul ? Il fait beau, le clapotis de l’étrave sonne claire, le fasseillage de la bordure du foc annonçant avec régularité la légère abattée du pilote automatique. Il fait beau et encore chaud.
Ne comprend pas qu’on puisse ainsi se fatiguer pour de vieilles histoires.
L’état-major en savait déjà assez long sur… sa propre ignorance dans cette affaire, quand les cartons secret-défense sont arrivés au siège parisien de la MAPEA avant même qu’on lui tire dessus.
C’est après, quand il leur a remis le dossier de synthèse et les annexes, qu’ils ont pu en mesurer tout le gouffre.
« Il faut, d’autre part, ne pas nuire à l’image de la France ou encore à nos relations avec nos alliés de l’Otan. Toute une série de raisons qui font que le dossier peut difficilement être rendu public sans provoquer une crise politique qui entraînera la fin de la Vème république. Aussi la meilleure solution est-elle une fuite humoristiquement organisée sur le web. »
Donc, Dupont, c’est lui ?
« C’est une étape de communication qui va indiquer très clairement à nos dirigeants politiques corrompus, ou lâches, que les chefs d’état-major, actuels ou en retraite, ne baisseront jamais la garde sur la corruption politique… ».
On en avait vu d’autres, mais admettons : ce n’est plus lui, mais bien une équipe de scribouillards du ministère qui s’est tamponné tout le contenu du rapport. « M’en tamponne le coquillard ! », pense Paul. « Ce rapport, c’est leur propriété, finalement : ils en font ce qu’ils veulent. »
« Certes ! Mais à titre personnel, quelles ont été les conséquences de vos propres actions « main-propre ?... ».
 
« En fait, la conséquence la plus visible de mon action a été, jusqu’à maintenant, l’arrêt de la grève des pilotes « d’Air-Transe » pendant le Mondial de Foot en juin 1998 ; souvenez-vous du battement médiatique qui a eu lieu au début juin 1998 pour stigmatiser les pilotes de ligne – ces privilégiés – qui entamaient une grève pour conserver leurs salaires exorbitants et avantages divers alors qu’un échange « salaire-actions » était proposé par « Jean-Cyril Spin-Etna ». Cela correspondait à la politique égalitariste d’un gouvernement de gauche incapable de réaliser que les efforts doivent être rémunérés en fonction de la responsabilité et des obligations d’un métier, et que l’égalitarisme salarial – promue par des dirigeants corrompus jusqu’à la moelle - n’est rien d’autre qu’une immaturité infantile qui condamne un pays à la stagnation ou même à l’effondrement ». Paul avait lu cette histoire-là sur le blog d’alerte éthique[1], en effet : le couplet « idéologique ».
« Lors de la grève à « d’Air-Transe » de juin 1998, les pilotes étaient particulièrement remontés et lorsque que j’ai informé « Jean-Charles Kore-Bête » du dossier déposé au ministère des finances sur le détournement des indemnités de la guerre du Golfe, il m’a immédiatement répondu : « Si le gouvernement lance ses « chiens de guerre » sur les pilotes nous rendrons public cette histoire de détournement de fonds en mondovision !... »
« J’ai lu ça sur votre blog. Admettons : ils se sont immédiatement calmés en haut lieu de la « gauche plurielle », je suis au courant. »
Le « capitaine Haddock », très satisfait de sa révélation, se reprend une rasade de whisky sur la réserve du bord (qui n’est pourtant pas du Loch Lomond[2]) et continue : « J’ai su par la suite que des membres du syndicat des pilotes auraient reçu des menaces destinées à les faire taire. Je n’en sais pas plus, mais une chose est certaine : la grève s’est soudainement arrêtée le 8 juin 1998 lorsque j’ai écrit au ministre des finances de l’époque, celui qui fait banquier mondial actuellement, pour lui rappeler le dossier de la guerre du Golfe. J’avais envoyé, de plus, ce courrier à toute la presse et aux télévisions, et le gouvernement a compris qu’il fallait immédiatement céder aux pilotes « d’Air-Transe » sous peine de voir un gigantesque scandale éclater. De plus, il aurait été immédiatement confirmé par les pays du Golfe ou par des sources d’Outre-Atlantique. Le gouvernement et « Air-Transe » n’avaient pas d’autre choix que de céder. Et ensuite le syndicat des pilotes n’a plus bougé sur le dossier… ».
Un grand n’importe quoi, là : si les courriers avaient été aussi fracassants, il y aurait bien eu un tabloïd pour les reprendre !
On sait tout des positions coïtales des uns et des autres, alors une pareille énormité, elle aurait fait le tour de la planète en peu de temps !
Il se la pète, le « capitaine Haddock », dès qu’on passe aux alcools forts !
« Attendez ! Je dois tout d’abord souligner que l’arrêt de la grève a été faite avec l’aide de mon conseil « Maître Rouflaquette », avocat à la cour, et qui a été aussi le destinataire de tous mes courriers aux différents ministres des finances qui se sont succédés depuis 1998.
Ensuite, le résultat du conflit a été que, au lieu de 20 % de moins de salaire, les pilotes long-courriers ont eu 50 % de salaire en plus par une série d’avantages comme le paiement des « heures créditées », qui sont des heures de vol payées pour chaque journée passée à l’hôtel (4 heures de vol payées pour chaque jour d’hôtel), ou encore un forfait journalier accordé par le fisc au titre des frais réels pour les d’indemnités en escale…
Vous voyez que l’action du « capitaine Haddock » a été très positive pour les pilotes de ligne qui gardent malgré tout en réserve ce dossier au cas où les dirigeants actuels auraient la mauvaise idée de remettre en question leurs avantages… ».
Bé voyons ! Que deviendraient tous ces pauvres pilotes sans « Haddock » ?
« Quant à « Jean-Charles Kor-Bête », qui était un copain rugbyman de « J-C Gay-Sot », le ministre communiste des transports de l’époque, on lui a vendu la compagnie « Ayr-Lib » qui était en faillite, qu’il a rachetée pour une poignée de figues en plaçant tous les actifs intéressants dans son Holding « HolKo » ; « HolKo » pour « Holding Kore-Bête » !... »
Et puis il a fini devant un tribunal correctionnel pour faillite frauduleuse, tout le monde sait ça.
Paul perçoit que le « capitaine Haddock » est prêt à lâcher quelques confidences supplémentaires. « Ça va bientôt être prêt. Que savez-vous de plus que je ne sache pas déjà ?... ».
« Haddock », alors que Paul lui sert sa langouste, avant de mettre au feu les figatelli tranchés tout du long par moitié afin que le gras dégouline franchement dans la braise, sait maintenant qu’il peut confier au Capitaine de corvette Paul de Bréveuil le véritable niveau de soutien qu’il a obtenu des « étoiles ».
« Il faut que vous sachiez que toutes les actions que j’ai entreprises sont suivies avec une extrême attention par l’état-major des armées, car j’ai trouvé la faille du système en faisant une déclaration à la BCR du Havre en janvier 1998 au sujet du détournement des indemnités de la guerre du Golfe.
Mon action pendant la grève des pilotes a été extrêmement bien prise à l’état-major des armées car le dossier était alors « sur les rails » : parfaitement connu des principaux dirigeants politiques et des médias, et, de plus, la défense nationale était parfaitement « dédouanée » sur cette affaire car le dossier avait été transmis par une voie officielle au ministère des finances ».
« Pas mauvais, hein ? » répond Paul, les doigts s’attaquant à la carcasse de sa bestiole. « Et alors, quelles ont été les réactions de la défense nationale à la suite de votre action ?... ».
« Voyez-vous capitaine, l’arrêt de la grève des pilotes de juin 1998 a permis à la défense de se sentir déchargée d’un énorme poids qui était celui du devoir de se taire, façon d’une trahison monstrueuse, car le dossier avait atteint les salles de rédaction. L’Armée de l’Air m’a immédiatement fait part de sa vive satisfaction, d’une façon que je n’aurais jamais imaginée... »
« Ah ? Que voulez-vous dire ? »
« Capitaine, quelques jours après l’arrêt de la grève des pilotes de juin 1998, je suis descendu en TGV sur Bordeaux et le train a été attaqué par un Mirage 2000, en entrainement bien sûr !  J’étais assis à tribord et, près de Tours, j’ai vu un Mirage 2000 nous rattraper – il volait à faible vitesse – et faire une passe de tir sur ma place, puis un break pour dégager…Une façon de me dire : « nous sommes bien là, merci ! » ».
Pas commun, en effet… Faut imaginer le travail du pilote pour décoller un avion, toutes les autorisations à obtenir, y compris pour survoler un train à basse altitude hors des espaces réservés à l’armée, le boulot de navigation et de minutage pour retrouver la cible. Pas un hasard, bien entendu. Sans compter le travail de renseignement en amont !
Mais peut-être bien aussi une menace… Il n’a pas pensé à ça, le « Haddock » dégustant de la langouste.
Paul se montre sceptique : « C’est peut-être une coïncidence, avec un entraînement exceptionnel au tir sur un TGV… ? ».
« Assez peu probable ; les pilotes de chasse évitent les passes de tir sur des cibles civiles et, de plus, j’ai eu une deuxième manifestation de ce genre et qui n’est pas passé inaperçue – c’est le moins que l’on puisse dire…
Pendant la présidentielle de 2007, je suis intervenu en continu sur le web pour rappeler aux candidats socialistes l’histoire du détournement des indemnités de la guerre du Golfe afin de soutenir le candidat « Krasosky » et empêcher la victoire de la gauche.
Puis, au bout d’un an, ne voyant venir aucune action sur le dossier, en juin 2008, j’ai envoyé un courrier à « Garde-Là Kiki » afin de lui rappeler le dossier. Et là j’ai eu l’énorme surprise, quelques jours plus tard, de voir une patrouille de trois Transall survoler, à 50 mètres de haut et à très basse vitesse, mon « château » situé en plein milieu d’un petit village du pays de Caux.
L’altitude et la vitesse de ces Transall correspondaient aux caractéristiques d’un lâcher de paras de nos Forces Spéciales… L’un de ces Transall était blanc, et les deux autres kaki… Ce survol a bien sûr été remarqué par tous les habitants de mon petit village »…
Bé un peu plus, il se prenait des cocoïs sur la tronche, le « Haddock » ?
« Vous voulez dire que l’Armée de l’Air a envoyé trois Transall en formation au-dessus de votre château pour vous remercier de votre intervention ?... ».
« C’est exactement cela. Les militaires sont tenus par leur devoir de réserve et tout officier qui enverrait une lettre de ce type à la ministre des finances serait immédiatement sanctionné par sa hiérarchie. Même le commandant de gendarmerie Matelly a été renvoyé récemment pour avoir exprimé son point de vue sur le rapprochement gendarme/police. C’est dire si la « grande muette » est réduite au silence dans les rangs, même encore aujourd’hui.
Or, ce n’est pas du tout ma préoccupation et je suis beaucoup plus libre d’agir qu’un officier d’active surtout que je mets aussitôt mes courriers en ligne sur le web !... ».
Paul avait pu en lire beaucoup…
 

 
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[1] http://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/
[2] http://www.lochlomonddistillery.com/

lundi 30 août 2010

Opération « Juliette-Siéra » (XXXI)

Trentième-et-unième chapitre : Derniers épilogues
 
Avertissement : Ceci est un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est purement, totalement et parfaitement fortuite !
 
Lundi 14 décembre 2009
Le Président tient conférence de presse sur le « Grand emprunt » ce matin-là devant un parterre de ministres et de journalistes.
Le Grand emprunt est annoncé à hauteur de 35 milliards d’euros. C’est en réalité 13 milliards de remboursement attendus des banques au moment de l’effort de refinancement du début d’année.
C’est un peu plus de 10 milliards de rachat de papier arrivé à terme effectué sur les marchés par l’Agence France-Trésor depuis quelques semaines.
C’est donc seulement entre 11 et 12 milliards empruntés directement sur la place.
Moins cher qu’un appel public au bon peuple, qu’il est prétendu.
Donc pas de taux annoncé, ni de durée envisagée.
Qui y souscrira ? Personne ne se pose la question, ni dans les rangs des journalistes, ni dans celui des ministres, ni encore moins chez les analystes financiers.
Pas les particuliers, en tout cas. Même pas les institutionnels.
Les taux et conditions ? Rien.
Seulement l’information que l’effet sur le budget de la Nation sera de 7,1 milliards au moins en 2010, financé par des économies budgétaires.
Avec un dollar à 1,40 € à 1,50 €, ça donne presque 10 milliards de dollars par an : En trois ans, la dette de la France, en solde de tout compte des années de la gauche unie, sera éteinte, intérêts inclus !
Trois ans à ce rythme-là, le taux effectif global dudit emprunt est de 10 %, ce qui donne à peu près une égalité avec le même emprunt, à presque 20 ans et à 1,5 %, taux accepté par l’organisation de Bruxelles pour les reliquats.
 
Mots clés de la conférence de presse : « Ce n’est pas un plan de relance (…). Crise ou pas crise, de toute façon il aurait fallu le faire ! »
Belle vérité : incontestable pour qui est au courant – et ils sont peu nombreux – de l’opération « Isidore ».
Mais le mot de « plan d’investissement » n’a été lâché que pour parler d’avenir, sur lequel le président s’étend longuement : il s’agit bien de mobiliser de l’argent, certes, mais en pariant à la fois sur un « effet de levier » financier à hauteur de 39 milliards sur plusieurs exercices et à la fois sur les efforts budgétaires typiquement étatiques à fournir.
Dont 11 milliards pour les universités de recherche anglophone dans leurs programmes, l’ouverture de marchés nouveaux aux investisseurs privés anglo-saxons, l’excellence industrielle dans les PME, plus, et notamment, dans le numérique, l’innovation industrielle et les biotechnologies, avec une petite enveloppe de 5 milliards pour le développement durable.
Époustouflant : tout le monde n’y voit que du feu !
De l’argent il y en aura. Il y en aurait eu, de toute façon, justement avec ces « fameux efforts » et économies à réaliser puisqu’avec la durée de mise en place des programmes, on serait arrivé à la même chose, même si finalement ils seront irréalisables, comme chacun s’en doute sans oser le dire : pas bien grave, puisque c’est déjà préfinancé.
L’emprunt n’est une nécessité que pour étancher la soif, d’un coup d’un seul, de l’Otan : un coup de bonneteau, pas vu pas pris.
Du grand art.
 
Le plan de « Charlotte » peut donc être finalisé, noyé dans la masse de l’annonce présidentielle, le tout contrôlé par le médiateur du crédit, et les deux ex-premiers ministres qui ont œuvré, sans le savoir, chacun de leur côté à « nettoyer » leur manque d’intérêt, au moment où ça se passait sous leur nez à chacun, de toutes ces lâchetés et détournements passés.
Paul mérite plus que sa quatrième sardine de capitaine de frégate, mais bien les cinq dorées et argentées de capitaine de vaisseau.
Et en plus, pour ne rien gâter, le Président veillerait aux aides à accorder pour l’avion hypersonique en céramique ! Il en a fait la promesse.
Comme de toute façon, le fonds de dotation privé de Paul a déjà fait la soudure de trésorerie et générera des crédits d’impôts remboursables en 2010 qui seront à leur tour réinvestis, il n’y a plus de souci pour les travaux de recherche sur l’avion en céramique : premier vol, prévu pour le 14 juillet… si tout va bien.
Après le jeu des questions-réponses, le Président cherche du regard « Charlotte » à qui il doit ce coup fumeux. Il a pris soin de faire vérifier qu’elle est bien invitée. Mais, « il » s’est éclipsé dans l’agitation du moment, et le Président n’a pas su mettre un nom sur le visage des quelques femmes présentes qu’il ne connaissait pas parmi les participantes à cette conférence.
En réalité, Paul est bien passé, en civil comme on le lui avait indiqué. Perdu dans le carré des anonymes accrédités et, sur le moment, il ne voit pas ce qu’il vient faire ici.
Peut-être espère-t-il une petite annonce pour sa MAPEA : mais c’aurait été hors-sujet ce jour-là jusqu’à attirer l’attention des invités respectueux de l’annonce présidentielle.
 
Le ménage est fait. Reste au Président de la République de savourer sa « parole donnée » au sommet de Copenhague. Après-demain, doit se tenir une conférence à huis-clos entre une vingtaine de chefs de gouvernement : il trouvera bien l’occasion d’aborder le Président Américain et lui refaire part de son souhait de se faire inviter à la Maison-Blanche en signe de reconnaissance.
 
Mardi 22 décembre 2009.
Le fonds de dotation originel et les deux SC de cantonnement sont officiellement liquidés, dissouts.
La bourse de Paris peut remonter à tutoyer les 4.000 points. La prescription extinctive commencer son compte-à-rebours.
Si alternance il y a, le futur ministre du budget n’aura que 8 mois pour lancer les éventuelles poursuites d’ordre fiscal. Qui se casseront le nez sur un rescrit parfaitement conforme émanant d’un directeur habilité de la DNEF, le service qui sera sans doute choisi pour enquêter, depuis que la procédure « Tracfin » s’est retrouvée indéfiniment contrariée.
« L’opération Isidore » est terminée et les rapports et comptes-rendus d’entretiens envoyés aux archives couverts par le secret-défense.
Peut-être que d’ici-là, dans 50 ans ou un siècle, elles seront déclassifiées.
Peut-être jamais…
Jean-Charles annonce qu’il prend sa retraite dès l’ouverture du prochain trimestre. En fait, il se voit bien « buller » dans le Gard où il possède une petite maison familiale. Si son épouse veut bien le suivre.
Mais il se voit bien aussi revenir faire du « consulting » dans l’orbite de la MAPEA : il apprécie Paul et, secrètement, il n’en est pas revenu de la façon, calme et féroce à la fois, où il a fait front à l’occasion de l’épisode des justiciers débarqués au siège.
Quant à Gabrielle, elle poursuit sa mission, bien plus vaste, de liquider les actifs immobiliers de la Nation impécunieuse. C’est son métier depuis 2007, à part entière, après avoir fait campagne électorale municipale dans le département du Pas-de-Calais, dont elle est originaire.
Ses fonctions-là, plus celles de première-adjointe chargée des finances dans sa commune, l’accaparent à plein temps.
Pour la famille Nivelle et les salariés du groupe ardéchois, ils revoient avec soulagement leur patron revenir aussi fréquemment qu’auparavant.
Et sans les pandores en tenue de combat.
Personne ne posera de question, sauf, en Conseil d’administration et en CE, au moment ou Paul annonce une ligne de crédit venant d’un fonds de dotation qu’il pilote.
Mais il reste évasif : « Je vous l’avais promis. Je tiens parole. »
Dont acte : il fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. La confiance se restaure, tout simplement.
 
Lundi 22 mars 2010
Les dés sont jetés : la soirée électorale a tourné au désastre pour le Président et sa majorité. Il s’en est fallu d’un cheveu de perdre les deux régions métropolitaines tenues par la droite parlementaire.
La Corse de son ami Ange Santini a basculée sous la poussée des régionalistes et autonomistes. Santini paye son jusqu’auboutisme sur le Plan d’aménagement du territoire qui faisait la part belle à ses amis politiques locaux. Il l’avait retiré, mais trop tard : À l’opposition de gérer le problème…
L’ire présidentielle s’abat sur son ex-garde des sceaux : « Qu’est-ce qu’elle fout là, celle-là ? On ne l’a pas vu de la campagne et elle vient nous réclamer de revenir aux fondamentaux ? Dehors ! »
Elle rentrera en taxi et sans garde du corps. Le soir même.
« Je veux un Pindevilliste et un Rackchiquien » ! C’est la consigne à appliquer après les nominations d’ouverture qui ont tant excédé l’électorat traditionnel de la droite républicaine.
L’un pour empêcher l’homme du « non à l’Onu » de revenir dans les allées du pouvoir : c’est une condition exigée par l’ambassade.
L’autre pour que les « Rackchiquiens » puissent vérifier que l’argent qu’ils n’ont pas voulu voir est revenu, que les dettes sont effacées et que désormais, les jeux des commissions et rétro-commissions à venir sont clairs et transparents.
L’homme de confiance sera donc au Budget, chargé d’enterrer définitivement « l’opération Isidore » dans son ministère.
À condition de promouvoir l’actuel titulaire.
Ce sera au ministre de l’Éducation nationale, dont le titulaire vient de se prendre une veste, mais autant que les 10 autres qui se sont lancés dans la bataille des régionales à contrecœur s’en sont pris une aussi, qui fera les frais de l’opération.
De toute façon, les patrons de l’Élysée ne l’aiment pas.
 
Dimanche 28 mars 2010
Le Capitaine de frégate Paul de Bréveuil arrive dans la soirée à Kaboul par le vol régulier depuis Londres.
Il est conduit à la base aérienne de Graham, dans un convoi discret mais sous bonne escorte.
Il y a une sorte de fièvre dans les rangs sitôt l’entrée franchie : prépare-t-on un « grand coup » ?
Air-Force-One est attendu d’un moment à l’autre : Le Président américain est à bord.
Il doit rencontrer le Président Afghan puis visiter les troupes stationnées dans la base de la banlieue de la capitale afghane.
 
Pendant qu’il discoure, un petit détachement emmène Paul dans l’avion présidentiel. Et il attend.
C’est un avion confortable, mais il ne se passe rien dans le petit salon des invités où Paul est consigné : il ne sait même pas pour quelle raison il est là.
Charles Almont, le nouveau directeur-adjoint « Europe occidentale », hors la Grande-Bretagne, donc plutôt « continentale occidentale », le rejoint un peu plus tard.
Visiblement heureux de retrouver « son meilleur agent », en chair et en os.
« Le Président souhaite vous remettre la « médaille présidentielle de la Liberté » (Presidential Medal of Freedom) en personne et avant de rencontrer votre Président.
Mes services vous ont préparé un petit speech. Mais… vous en faites ce que vous voulez, comme d’habitude ».
Ça parle du devoir de combattre le terrorisme international : Moscou vient de se prendre deux bombes tchétchènes dans son métro !
« La Médaille présidentielle de la Liberté, rien que ça ! »
C’est, avec la Médaille d'or du Congrès (Congressional Gold Medal), qu’il a déjà reçue et accordée par un acte du Congrès, la plus haute décoration civile des États-Unis. Elle est décernée uniquement par le président des États-Unis à des personnes, américaines ou non, qui ont fourni « une contribution particulièrement méritoire pour la sécurité ou les intérêts nationaux des États-Unis, un monde de paix, ou des efforts remarquables dans le domaine culturel ou autres, public ou privé. », normalement remise à son récipiendaire le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, ou à n’importe quel moment, choisi à la discrétion du président américain.
Les promus sont choisis par le président, de sa propre initiative ou sur recommandation.
« J’ai fait quoi pour mériter cet immense honneur ? »
Bien sûr qu’il le sait et il se l’est fait résumer par Almont.
« Mais peut-être voudriez-vous que nous parlions des petits joyaux que vous fabriquent vos ingénieurs Ardéchois. Je me suis laissé dire que vous manquiez cruellement de financements gouvernementaux ! »
« Je ne suis pas sûr d’être habilité à vous en parler », le rembarre Paul, avec un sourire en coin.
« Vous savez, on y fait que tenter de reproduire plus ou moins bien les travaux menés dans vos propres laboratoires secrets. Vous devez savoir ça, n’est-ce pas ? »
Oui, il sait. Pas tout, mais il peut évaluer le reste.
« Sauf surprise inattendue ! »
Lesquelles ? Il n’y en a pas à attendre. « Tout est archi-connu dans le domaine. Les surprises, s’il devait y en avoir, se sera dans une bonne décennie. Peut-être plus », ment adroitement Paul.
Finalement l’avion décolle, direction finale Washington via une base aérienne américaine, quelque part dans le monde.
 
« Well ! Je suis très heureux, au nom du peuple Américain, de vous décerner l’une de nos plus hautes distinctions honorifiques : la médaille présidentielle de la Liberté, pour service rendu à la paix dans le monde et à nos deux pays, Commodore De Bréveuil… ».
Pas un mot d’argent…
Applaudissements.
« Mister President, Ladies and Gentlemen, Je suis très honoré et surtout très ému, tout comme un jeune communiant qui reçoit le saint sacrement pour la première fois (rires dans le salon présidentiel de l’avion qui poursuit sa montée en altitude)… je n’en dirais pas plus sur les expériences qu’un homme peut connaître dans sa vie au fil de l’apprentissage des choses… de la vie (nouveaux éclats de rire polis dans la carlingue), car cette distinction reçue me touche.
Profondément.
Non pour les efforts qu’elle représente, ni pour… les « services rendus » à nos deux patries respectives.
Mais seulement parce qu’elle nous rapproche encore plus les uns des autres. Vous la Démocratie rayonnante que le monde entier admire et envie, nous, la démocratie de la « Vieille Europe », souvent vilipendée, mais solidement assise sur son Histoire et ses traditions séculaires, que nous avons pour partie communes.
Nous en sommes tous les fils et notre dignité à tous est de rester fidèles à ces valeurs que nous incarnons… »
Il fait court.
Mais termine par : « Monsieur le Président, je dois être le seul français à qui votre nation a décerné ses deux plus hautes distinctions. La prochaine fois, il vous faudra en créer une toute spécialement pour moi ! Merci à tous. »
Nouveaux rires…
Applaudissements.
Arrêt buffet.
Paul est déposé à l’escale technique, sur un aérodrome proche Londres : il lui faut un taxi pour rejoindre Heathrow et rallier Paris, sa breloque en poche.
 
Mardi 30 mars 2010
Le Président français, après avoir encaissé le « jet-lag » léger de son vol à bord de l’Airbus A 300 tout neuf-refait, au dessus de l’Atlantique, et fait une conférence de presse à l’Université de Colombia de New-York comme d’une mise en bouche la veille, est enfin reçu avec son épouse à dîner à la Maison-Blanche.
Il est le dixième chef d’État à franchir les portes du « sein des seins » depuis la dernière élection présidentielle US.
Pas pour un dîner d’État mais, consécration des consécrations, pour deux heures de réception en tête-à-tête, intimiste… Qui sont réduites à moins de 90 minutes mais se terminant assez tard dans le petit-matin.
Il va pouvoir enfin clore cette affreuse affaire d’argent détourné qui plombe depuis près de deux décennies les relations entre les deux alliés.
Et peut-être négocier le soutien de l’administration Obama pour sa réélection.
C’est ce soir-là que ça se joue : Où la « tentation de Venise », savamment préparée par son épouse qui a dit jusque-là sur tous les tons qu’elle souhaite qu’il rentre tous les soirs pour se laisser pouponner pas ses soins et aucune autre.
Ou le démarrage d’une nouvelle campagne électorale qui s’annonce particulièrement difficile.
L’ambassade vient de lui transmettre, via son officier de liaison, le contenu d’un récent sondage : 59 % de français ne souhaitent pas qu’il se représente, contre 37 % qui le souhaitent.
« Pas insurmontable… en deux ans », commente-t-il…
Mais à la sortie de ce dîner, les choses ne sont pas aussi claires que ça.
Et l’épouse présidentielle se taira désormais sur le sujet de ses ambitions pour son mari.
Il faut rentrer d’urgence à Paris et prendre la mesure des événements à venir.
Circulent en effet d’horribles ragots sous le manteau, que « La Tribune de Genève » révèle sur son site. D’ici à ce que ça déborde dans la presse française, il n’y a pas longtemps à attendre.
Il s’agit d’allumer des contre-feux et rapidement. Même son père est sollicité pour faire entendre sa « douce musique ».
Mais c’est une autre histoire.
 
Samedi 3 avril 2010
Le scandale va éclater. La presse internationale en est pleine.
La campagne présidentielle de 2012 est lancée.
Les fidèles sont mobilisés.
On jette la vindicte sur l’ex-garde des sceaux.
On parle de complot étranger.
On en profite pour lâcher la « bouée » de l’argent… des fois que quelques malins aillent fouiner dans les affaires secrètes du Palais.
Si cette dernière piste prend, il s’agira « d’allumer » tous les cancaniers. D’une pierre deux coups : ils seront tous tenus à jamais de se taire.
C’est aussi une autre histoire.
 
Mercredi 7 avril 2010
Le « Capitaine Haddock » reçoit pas e-mail le « proto-manuscrit », à relire, d’un roman anonyme retraçant toute cette histoire et « l’opération Isidore ».
Pour avis.
C’est alors un gros document de plus de 187 pages sous Word. Il mettra du temps à le lire, trouvant l’écriture laborieuse et sans talent, d’autant qu’il s’agit d’un « premier jet ». Pas facile de se plonger dans cette histoire.
Pas facile non plus de relever les incohérences, les non-dits, les erreurs, de dates, de lieux, de noms, de chiffres, les invraisemblances.
Et puis si l’idée finale est séduisante, même si elle ne correspond à rien, le déroulé n’est pas suffisamment étayé.
L’œuvre d’un « primate plumitif » en herbe.
Il l’enrichira pour les deux chapitres le concernant.
 
30 avril 2010
Bassano écrit une nouvelle fois au ministre des finances : il veut que sa plainte pour usurpation d’identité soit suivie d’une enquête des services.
Sans suite…
Un peu avant, il reçoit le proto-manuscrit version papier.
Il consultera aussi sa version électronique, mise en ligne avant l’heure[1].
Et transmettra les liens d’avec les quelques siens[2].
 
Samedi 22 mai 2010
Paul de Bréveuil est à Londres pour ce week-end de la pentecôte. Il y rencontre Lady Joan qui le pilote jusqu’à Norwich, au nord de la capital de l’empire Britannique, afin de rencontrer Lady Catherin qui y possède une demeure.
Mais c’est une autre histoire[3].
 
Samedi 19 juin 2010
« Pindevil », soutenu par quelques « Rackchiquiens » historiques, annonce la création officielle de son parti politique.
Charles Almont s’en inquiète. Il part bientôt à la retraite, lui aussi, son bâton de maréchal en poche.
Sa hiérarchie se montre plus circonspecte. « Vous savez, entre un guignol qui ne tient pas sa queue dans son pantalon et un revanchard dont les dents rayent le plancher, nous avons de toute façon la solution de rechange », lui assure-t-on.
C’est de toute façon l’affaire de son sous-directeur-France.
Le Président émet à l’occasion la nouvelle « doctrine officielle » après le passage du Président français à la Maison-Blanche : « On n’a plus de sujet de contentieux, si je ne m’abuse ? Pourquoi intervenir dans des situations où nos intérêts sont de toute façon assurés ? »
 
Au même moment, l’équipe de France de football est balayée en Afrique du Sud à l’occasion de la coupe du monde.
Ça s’emmêle un peu les pinceaux dans le gouvernement qui ne tient plus en place sur le sujet.
On jette en pâture à l’opinion publique, pêle-mêle, des histoires de cigares incongrus, des frais de déplacements iconoclastes, des « us et coutumes » relatifs au train de vie ministériel hors de proportion avec les efforts budgétaires annoncés pour l’ensemble des français qui les priveront de « garden-party » le jour de la fête nationale, mais pas de défilé, un des rares moments où les forces armées peuvent bruler un peu de carburant hors « théâtre d’opération ».
Français qui eux n’ont qu’une hâte, c’est de partir enfin en vacances.
 
Vendredi 30 juillet 2010
Un blog anonyme, comme il y en a des centaines de milliers d’autres, met en ligne les premiers épisodes de toute cette affaire, et ce durant tout le mois d’août.
Heureusement, il est très peu lu et ce n’est qu’un roman. Les noms y sont tronqués, les personnages aléatoires. Leurs actes encore plus.
Inattaquable en droit.
On l’aura vite oublié.
D’autant que le quasi-même texte étant déjà sorti sur un blog encore plus anonyme au mois de mai dernier, sans inquiéter personne pour autant, malgré les nouvelles réglementations en cours et à venir.
Mais on se pose la question de savoir comment toutes ces informations, aussi précises, ont pu sortir des cénacles d’initiés. Sont exclus le trio des « perquisitionneurs » du siège de la MAPEA.
Ni même, « Jean-Charles », bien calme dans sa retraite du Gard, ni « Miss Gabrielle » qui se tient à carreau sans que l’on ait eu à lui rappeler sa jeunesse passée de starlette du porno.
Ils n’en savent pas assez et aucun d’eux n’est allé au-delà de leurs investigations du mois de novembre dernier.
Soit Paul de Bréveuil a parlé, soit la fuite vient de son entourage direct, soit de sa hiérarchie.
Pas possible autrement. Et pourtant, le Capitaine de frégate de réserve interrogé sur ce mystère est rapidement mis hors de cause.
Reste la piste de la hiérarchie : il y a bien eu des fuites et rumeurs sur le couple présidentiel dès le mois de mars dernier !
Noyées dans les affaires Bettencourt, de la femme de l’ex-ministre du budget passé aux affaires sociales et travail, du Préfet du projet du « Grand Paris » et tant d’autres autour du train de vie des ministres dans une cacophonie footballistique ahurissante de la fin du mois de juin.
Et personne d’envisager sérieusement un seul instant que tout ceci ne soit qu’une « simple construction littéraire ».
« Il s’agit d’être prudent : si la nouvelle se confirme, à savoir que cette histoire fasse buzz, il conviendra de prendre des mesures. »
Ce qui, sur le moment, n’est même pas envisageable, compte-tenu de la piètre qualité d’écriture.
Et puis on oubliera, c’est le pari de l’Autorité… Il y a des choses plus urgentes à régler.
Et c’est encore une autre histoire…
 
 
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[1] http://infreequentable.blogspot.com/2010/05/operation-juliette-siera.html
[2] http://basacode.blogspot.com/ et, par exemple : www.morpheus.fr/pdf/Jeu%20de%20Banques%20.pdf
[3] Voir, « Au nom du père », à paraître aux éditions I².