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Oui, entrez, entrez, dans le « Blog » de « l’Incroyable Ignoble Infreequentable » ! Vous y découvrirez un univers parfaitement irréel, décrit par petites touches quotidiennes d’un nouvel art : le « pointillisme littéraire » sur Internet. Certes, pour être « I-Cube », il écrit dans un style vague, maîtrisant mal l’orthographe et les règles grammaticales. Son vocabulaire y est pauvre et ses pointes « d’esprit » parfaitement quelconques. Ses « convictions » y sont tout autant approximatives, changeantes… et sans intérêt : Il ne concoure à aucun prix littéraire, aucun éloge, aucune reconnaissance ! Soyez sûr que le monde qu’il évoque au fil des jours n’est que purement imaginaire. Les noms de lieu ou de bipède et autres « sobriquets éventuels » ne désignent absolument personne en particulier. Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies) y est donc purement et totalement fortuite ! En guise d’avertissement à tous « les mauvais esprits » et autres grincheux, on peut affirmer, sans pouvoir se tromper aucunement, que tout rapprochement des personnages qui sont dépeints dans ce « blog », avec tel ou tel personnage réel ou ayant existé sur la planète « Terre », par exemple, ne peut qu’être hasardeux et ne saurait que dénoncer et démontrer la véritable intention de nuire de l’auteur de ce rapprochement ou mise en parallèle ! Ces « grincheux » là seront SEULS à en assumer l’éventuelle responsabilité devant leurs contemporains…

jeudi 17 août 2017

Ultime récit : Chapitre douzième


Paradoxes temporels (22/21)

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

« Et maintenant ? »
C’est l’amiral Landditsy qui s’exprime. Lierreux vint de disparaître. Comme il était venu, sans prévenir, sans laisser de trace que ce message écrit, tracé directement avec son propre sang sur une pochette tirée de son pyjama.
Ce barbare, tout poilu…
« Michel. Tu nous dis la suite ? On ne va pas rester coincé là toute une éternité… »
Là, c’est Edgorkloonyx qui commence à trouver le temps long.
« L’éternité… Quelle drôle d’idée ! » lui répond Michel.
« – Edgorkloonyx, tu as reconnu Pierre, le messager ?
– Probablement. Mais j’ai surtout bien aimé son message.
– Landdisty, tu as compris ce qu’il t’a ordonné ?
– Oui, ça, ça va : pas les Krabitz. J’ai entendu. J’ai aussi entendu ton message. Mais j’ai des objections ?
– Ah non ! » intervient Edgorkloonyx.
Ah si ! J’aime bien le côté « évacuation ». Le problème, c’est que je ne sais comment on va faire. Tes vaisseaux me semblent vachement trop rustiques pour envisager un long périple dans l’espace. Vous ne savez faire au mieux que des voyages de quelques dizaines de parsecs… » (1)
Ce qui n’est pas totalement faux. À chaque « migration », quand le biotope local est épuisé, les Krabitz disparaissent petit-à-petit avant d’envisager de déménager. Ils consacrent alors leurs dernières ressources pour construire quelques vaisseaux interplanétaires pour aller « plus loin », jusqu’à un endroit qui soit à leur portée et assez accueillant afin de s’y établir de façon provisoire.
Et ainsi de suite de génération en génération.
Beaucoup périssent ainsi par épuisement. Les survivants échouent souvent pour se perdre dans le cosmos, mais l’espèce survit toutefois depuis des temps immémoriaux pour avoir toujours pu retrouver un lieu d’accueil favorable.
Là, le problème posé par la présence des Homos, leur première rencontre semble-t-il, c’est que ne disposant pas d’une technologie comparable, les Krabitz sont dans l’incapacité de résister à une invasion.

L’espèce est un végétal qui ce sera libéré de son enracinement. Les végétaux se nourrissent de nutriments puisés dans leur environnement, en principe solide même si  certaines espèces trouvent ceux-ci dans des gaz ou des liquides, dès lors qu’il y a un ou des solvants disponibles à profusion, et du carbone, la matière-première indispensable, même sous forme de monoxyde ou dioxyde. Le reste est affaire de « chimie » en fonction des réactifs disponibles.
Et les Krabitz sont à l’origine lointaine des « plantes-marines » mais qui ont su développer une « micro-civilisation », puisqu’ils communiquent entre eux par échanges « chimio-électriques » comme n’importe quel végétal même ceux qui n’ont qu’une conscience diffuse de leur identité propre, partageant leur environnement avec d’autres espèces, notamment des « mobiles », bipèdes, quadrupèdes, volantes, nageantes ou non, les insectes et autres. Ils sont d’abord « enracinés », puis, au fil du temps, ils sont sortis de leur milieu liquide et ont acquis aussi la possibilité de se mouvoir « hors-sol » sur les parties émergée de leur planète d’origine.
Ce n’est que quand celle-ci a été mise en danger par son étoile qui se transformait en géante rouge au fil du temps, que les Krabitz, qui raffolent de philosophie et de mathématique, ce sont mis à chercher des moyens de migration.
L’espace immédiat a été identifié comme une bouée de secours provisoire et puis ils ont ensuite migré toujours plus loin dans l’espace.
Globalement, l’espèce est installée depuis pas mal de temps dans ce petit coin du ciel, autour de trois étoiles, un système binaire et une étoile proche, autour desquels orbitent, parmi d’autres, cinq planètes telluriques et deux gazeuses situées dans des zones de températures supportables.
À distance convenable desdites étoiles.
Le système binaire est un peu instable, mais les biotopes sont parfois riches et la bio-cinèse acceptable. Pas trop létale à condition de prendre des précautions d’usage.
Bref, pas le paradis, mais assez « confortable » pour avoir pu y regrouper une grande partie de la population de Krabitz pendant longtemps avant d’envisager une nouvelle migration.

Et l’arrivée des vaisseaux d’exploration scientifique des Homos, une espèce carnée, bipède et belliqueuse, aura été un bouleversement inattendu.
Alors qu’ils ne sont pas du tout adaptés pour vivre et partager le même milieu, puisque les Homos sont incapables de vivre dans une atmosphère trop chargée en dioxyde-de-carbone, alors que c’est l’essence même du gaz parfait qui favorise le développement des Krabitz et autres herbacés, ces gens-là se sont permis de les expulser de leurs endroits favoris pour creuser les sols, saccageant les autres espèces locales et les réalisations Krabitz.
Forcément, la révolte a grondé et a tourné en faveur des espèces autochtones qui se sont liguées contre les envahisseurs venu de l’espace.
S’en est suivi une courte période de calme, jusqu’à l’arrivée d’une flotte de vaisseaux armés qui, en représailles, ont réduit en cendre les habitats de la première planète envahie.
Quelques Krabitz ont pu s’en échapper pour rejoindre les colonies sises à proximité. Mais s’en est suivi alors une course-poursuite qui a permis de regrouper les Krabitz sur une seule des planètes, un peu hostile et à la gravitation insuffisante – il y a parfois des vents furieux qui balayent la surface de la planète et détruisent tout sur leur passage, jusqu’à propulser hors de l’atmosphère nombre d’objet « non-enracinés » –  qui est désormais entièrement mise sous blocus.
Tous les vaisseaux spatiaux ont été détruits. Il n’y a plus de moyen de fuite et la flotte humaine s’apprête à donner l’assaut final à coup de grands dégagements d’énergie ponctuels.
Alors l’épisode de suspension temporel est vécu par Edgorkloonyx, le Krabitz, comme inespéré. Puisque son espèce n’a plus les moyens de ne pas disparaître, pourquoi ne pas accepter de migrer là où elle sera le plus utile ?
Même si l’apparition d’un curieux « humanoïde » reste suspecte dans cet épisode.
Mais Edgorkloonyx n’en est plus à sa première « rencontre » aliène : il a vécu longtemps sur ce qui s’apparentait à une sorte de barge en suspension autour d’une planète inconnue où il avait déjà rencontré un humanoïde.
C’était d’ailleurs juste avant l’arrivée des « sans-âmes », cette poussière noire qui se mange si facilement et qui envahissait tout.
Il en garde le souvenir d’un « paradis » à retrouver et à partager avec le plus grand nombre de ses congénères, avant d’avoir eu l’idée de retrouver la barge de l’humanoïde qui les avait visité et que tous les deux disparaissent dans un « puits-du-temps » improbable.
Pierre était manifestement revenu à son époque et sur son monde d’origine, Edgor également, alors que la population des autres Krabitz s’en donnait probablement encore à cœur-joie de bouffer du « sans-âme » et à en prospérer de façon soutenue.
Certes, il était passé pour un hurluberlu sur sa planète, quand il avait raconté son histoire, alors même que tous les Krabitz envisageaient déjà une migration.
L’arrivée des vaisseaux de la Légion donnait sens à tout cela.

« La solution va arriver incessamment. » C’est Michel qui l’affirme.
« Ta parole d’officier général que tu ne vas pas t’y opposer ? »
Quelle question…
En fait ce qui taraude l’amiral, c’est la réaction de ses troupes : tous ses officiers sont prêts à en découdre. Ils ont redoublé d’efforts pour éradiquer toutes traces de vie sur trois des planètes rocheuses. Manifestement, les humains veulent des territoires vierges pour mieux les exploiter, en extraire des minéraux qui semblaient si précieux à leur expédition d’étude scientifique.
Il en reste deux.
Sur les planètes gazeuses, ils ont lâché des quantités prodigieuses de cyanobactérie non-symbiotique (2) donc capables d’une vie indépendante, parfois « aérobiques »,  qui réduisent en un temps record le taux de gaz carbonique du milieu naturel, le rendant impropre à la vie des Krabitz.
Et avec le blocus orbital, toute échappatoire devient très difficile : les vaisseaux humains et leurs machines de guerre sont sans pitié. Ils détruiraient tout ce qui tente de passer.
Ce sont en fait des robots qui veillent et appliquent sans aucune empathie les consignes des officiers de la Légion.
Du coup, les Krabitz survivants se sont regroupés sur les deux planètes rocheuses et inconfortables, qui orbitent l’une autour de l’autre, en vue de produire des vaisseaux assez rapidement dans des cavernes parsemées dans les profondeurs de la plus petite des planétoïdes qui reste « creuse » : de vastes galeries générées par des « macro-biotiques-mange-pierre », qui se nourrissent de silicate mais restent heureusement hydrophobiques.
Cette espèce a déserté ses galeries, qui sont restées, au contact des nappes phréatiques profondes.
Sans grand espoir : même si les humains peuvent éventuellement les laisser faire un temps, il faudrait mettre au point une tactique de leurre des drones qui interdisent tout trafic spatial autour de ces deux planètes.
Et là, les intentions de l’amiral Landditsy sont claires : il va passer à l’offensive, au moins sur la plus grosse des planètes-refuges.
Alors évidemment, changer du tout au tout tous ses plans de de bataille jusque-là élaborés, même parce qu’il aurait vu et dialogué avec un « ancêtre », même celui de la légende des officiers généraux, ça n’a rien d’évident.

« Tu vas le faire. De toute façon, je t’ai dit que je ne te laisserai pas saccager « mon jardin » et détruire jusqu’au dernier des Krabitz comme tu en as reçu la mission. Tu vas laisser faire leur prochaine migration et celle-ci sera définitive.
Je t’envoie aide et assistance. Une flottille de vaisseaux cargos devrait convenir. »
Et elle va sortir d’où, cette flottille ? Les moyens de la Légion ne sont pas illimités et ça va demander des années et années.
« – Ne t’inquiète pas. Elle va arriver. Tu laisseras les Krabitz embarquer et ils fileront là où ils sont attendus pour te laisser place nette… Ta mission sera couronnée de succès.
– Et où donc ? » demande Edgorkloonyx, un peu angoissé. « Là où nous migrerons, ils vont bien tenter de nous poursuivre.
– Tu as raison sur leurs intentions Edgor. Mais là où vous allez, ils ne peuvent pas vous pourchasser. C’est bien trop loin pour leurs vaisseaux et ils n’ont aucune idée de la façon de faire.
– Ils pourront nous pister.
– Bien sûr, mais pas longtemps. D’une part, la route sera fermée à jamais après votre arrivée sur place et puis, va couvrir votre départ un vaisseau doté d’armes contre lequel ceux de la légion ne peuvent encore rien. »
Landditsy voudrait bien voir ça, tiens donc…
La légion est équipée des engins de destruction et de mort les plus élaborés de l’univers à base de matière et antimatière. Et, en tout cas dans l’amas local de galaxies, il n’y a rien de plus puissant.
De plus, si la majeure partie des moyens de la légion est actuellement mobilisée pour mater les rebelles de Qarassa qui piratent les lignes commerciales entre les diverses civilisations d’un coin de la galaxie pas trop éloigné, là où d’ailleurs on attend sa flottille une fois sa mission commandée par la « Haute autorité » intergalactique contre les Krabitz terminée, elle pourrait être rapidement mobilisée pour repousser n’importe quelle agression.

« – Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’une technologie qui dépasse la vôtre, Amiral.
– Celle de la Garde ?
– Effectivement. Que fait-on de mieux à ton époque…
– Là encore, c’est une légende ! Une de plus.
– Si tu en es certain, qu’as-tu à redouter à tenir ta parole ?
– J’ai surtout les moyens de détecter tous mouvements suspects d’ici jusqu’à quelques 24 à 48 heures-lumières (3)
– Je te laisse avec tes certitudes. Rentre chez toi, rends compte à tes autorités et laisse venir et faire. Toi, Edgor, tiens les tiens près à un départ massif. Entendu ? »
Et que bien sûr ! Même s’il reste à convaincre les siens de laisser tomber les solutions jusque-là envisagées pour se tirer d’affaire et échapper à un génocide.
Pas certain qu’il y parvienne…
D’autant qu’il se retrouve, sitôt la suspension temporelle de « Michel » terminée, dans la même situation qu’avant son « échappée » chez « Michel », dans le bruissement général qui l’empêche dans premier temps de se faire entendre. De là à se faire comprendre…
Heureusement que les événements se précipitent à l’extérieur.

Tout comme pour l’amiral de la légion spatiale…
Lui aussi se retrouve l’instant d’après dans son poste de commandement, entouré de ses officiers là où il les avait laissés, finissant leurs mouvements entamés au moment de la « suspension » qu’il a vécu avec une troupe improbable dans un endroit encore plus improbable, les rapports de position des diverses machines déployées dans le système Boomerkar où sa flottille s’apprête à livrer une bataille facile continuant à être égrainés par un droïde de liaison.
« – Amiral ? Oh, Amiral !
– Quoi ?
– Quels sont vos ordres ?
– Mes ordres ?
– L’ordre du feu.
– L’ordre du feu ?... Euh, non… On suspend l’offensive.
– Pardon ?
– On suspend. Il va se passer un événement nouveau.
– Comment ça, amiral ?
– En attendant, prenez ceci (il tend le message remis sur un bout de chiffon par Lierreux), analysez-le moi de toute urgence et préparez immédiatement une sonde de liaison avec l’état-major ! »
L’officier d’ordonnance semble interdit.
« Exécution ! »

(1) Un parsec est égal à environ 3,2616 années-lumière. Historiquement, le parsec est défini comme la distance à laquelle une unité astronomique sous-tend un angle d’une seconde d'arc. Autrement dit, la distance à partir de laquelle on verrait la distance terre-soleil, sous un angle d’une seconde d’arc.
Mais là, comme il s’agit d’autres mesures du temps et des distances – seul ne nom est resté – la distance n’est pas la même.
(2) Sur terre, elles ont été responsables de la « grande oxygénation » de la planète peu après sa formation et elles survivent sous forme d’algues « bleues vertes » qui prolifèrent dans les océans à la faveur des changements climatiques en cours au XXIème siècle.
(3) Là encore, la référence n’est pas comparable, puisque décimale, avec celles de leur passé : seul les noms sont restés dans la mémoire collective.

mercredi 16 août 2017

Ultime récit : Chapitre onzième


Précisions utiles. 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.
Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

« – Je fais ça comment, moi, qui ne pige pas grand-chose à vos méthodes de voyage dans le temps ?
– Vous ne voyagerez pas dans le temps. Les Homos de cette époque-là savent peut-être que ça existe probablement comme je viens de vous le dire, mais ne savent pas faire. Vous voyagerez à leur façon, comme je vous l’ai montré lors de la première partie de notre parcours. Mais comme je vous l’ai indiqué, vers des zones que mêmes nos technologies ne peuvent pas encore atteindre.
– Et vous croyez que moi je vais savoir y faire ?
– Naturellement, voyons ! D’abord parce que vous serez assisté, ensuite parce qu’on vous demande juste de baliser le parcours vers ce « rien » à atteindre, et justement parce que vous ne voyagez pas dans le passé, mais dans le présent. Ce qui n’est pas sans risques, mais puisque vous revenez…
– Je ne comprends toujours pas…
– Bien sûr que vous ne savez pas. Quand un de nos véhicules, quel qu’il soit, une sonde, un relai, n’importe quoi, voyage sur la flèche du temps, vers le passé, c’est parce que nous savons précisément vers où et vers quand. Et comme nous avons une connaissance intime de tous les objets qui circulent dans le cosmos, à toute époque, nous savons limiter les risques d’interception. Un vaste inventaire qui se poursuit toujours d’ailleurs.

Parce que nous ne pouvons pas non plus aller sans risques pour nos véhicules et ses passagers vers des endroits du passé qui n’ont pas été inventoriés au préalable.
Vous saisissez ?
– Si j’ai bien compris cet aspect-là de votre exposé, Steph, ça se résume à pas de voyage trop loin, jusqu’à pas trop tôt dans le passé de la flèche du temps, ni vers le futur qui n’existe pas !
-  Exactement : Vous apprenez vite, votre excellence.
– Paul, s’il vous plait, Steph !
– Pas de flèche du temps ni avant la naissance de l’univers, pas de flèche du temps depuis un présent vers un futur qui n’existe pas encore. Et pas de voyage sur la flèche du temps dans des endroits de l’espace est trop dense en obstacles divers.
D’où une approche des étoiles du centre d’une galaxie par « petits-sauts » et sur des parcours balisés par nos sondes et relais. Et encore, à condition d’en avoir un inventaire précis du cours de leurs évolutions dans la soupe gravitationnelle ambiante. En revanche, c’est plus facile dans les bras d’une galaxie et entre les galaxies, là où les « crêtes gravitationnelles » ont fait le vide.
Naturellement.
– Naturellement. Et c’est quoi, ces… « crêtes gravitationnelles » ?
– Ce sont des endroits où il y a peu d’étoiles, entre les galaxies qui, de par leur masse attirent la matière pour la transformer en énergie. C’est là où on le plus de chance de ne rencontrer aucun obstacle entre deux amas de galaxies. Et comme vous voyagerez loin, très loin, je vous conseille de vous guider entre les sources lumineuses ou radiatives.
Pouvez-vous me faire une petite synthèse de tout ce que vous venez d’entendre, s’il vous plaît ?
– Euh… »

Paul est pris au dépourvu…
« – Ne devais-je pas aller me reposer ?
– Bien sûr. Mais juste après.
– Alors … euh… si j’ai bien compris je suis une « singularité », un Homo-Sapiens qui voyage sur la flèche du temps et le dans le cosmos lointain alors que sa civilisation et ses technologies ne le permettent pas.
– Bien !
– Notez que j’ai déjà voyagé à deux reprises dans mon passé.
– Je sais cela. Vous êtes par conséquent « éduqué » et votre esprit n’en a pas trop souffert par des crises schizophréniques. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. La plupart des abduqués finissent cinglés…
– Ah oui ? Passons… Donc, pour voyager de la sorte, il nous faudra être capable de puiser de l’énergie dans le vide quantique.
– C’est ça.
– Et si je comprends bien, je fais aussi fausse route avec mes tentatives relatives à mes énergies surnuméraires comme le moteur Minato, la z-machine de McShiant ?
– Le moteur que vous dites exploite les différentiels des champs magnétiques. Ça fonctionne grâce au champ de votre planète. Mais c’est inopérant dans l’espace profond.

Les « z-machines », ce sont une bonne piste, mais c’est extrêmement délicat à faire fonctionner durablement. Et puis je vais vous dire, vous n’en avez pas besoin pour ce que vous souhaitez faire…
– Ah ?
– Continuez !
– Si j’ai bien compris aussi, le fait de tirer de l’énergie du vide permet de comprendre un peu mieux les relations de la matière et des champs. Notamment les qualités intrinsèques des neutrons.
– Oui, c’est un peu ça, quoique pas seulement, mais ça permet surtout d’en fabriquer avant de découvrir que le neutronium absorbe toutes les énergies autour de lui.
– Dès lors que l’on a compris à quoi ça peut servir, ça permet d’imaginer vos fabuleux voyages sur la flèche du temps.
– Non, ce n’est pas ça. Vous avez sauté des étapes. L’énergie du vide permet d’abord de modifier les champs gravitationnels et de découvrir l’existence des contre-champs. La gravitation « attire » deux masses. Les contre-champs les repoussent. Les deux lois se complètent et fonctionnent toutes les deux en fonction inverse du carré des distances. Ne l’oubliez pas, parce que dans les voyages lointains dans le cosmos, il y a probablement plus de contre-champs que de puits gravitationnels, puisque l’univers poursuit son expansion contre toute raison.
– Mais dites-moi, si cette expansion existe…
– Et s’accélère probablement indéfiniment…
– …Il doit bien y avoir une contrepartie quelle que part ?
– À condition de présumer d’un équilibre général. Ce qui est loin d’être acté. Et puis vous savez qu’existent des effondrements gravitationnels. Les trous-noirs !
– Ah oui, les trous noirs… Bon, ok ! Donc énergie du vide, champs et contre-champs gravitationnels, le neutronium qui permet d’en jouer et de rendre possible des voyages lointains intersidéraux, et enfin, par un mécanisme que vous ne m’avez pas dévoilé, à savoir l’utilisation de ces acquis pour voyager sur la flèche du temps. C’est ça ?
– Ce n’est pas mal pour un rustre primaire comme vous.
– En revanche, je crois avoir compris que j’ai à prendre en charge une civilisation que je ne connais pas, agressée par mes descendants. Or, un, j’ai bien compris que vous ne savez pas pourquoi moi. Deux, vous ne savez pas où je l’évacue. Trois, j’ignore avec quels moyens propres à vos technologies. Parce que moi, je ne les ai pas de toute façon.
– Vous les évacuez là où nous, nous ne pouvons pas aller. Vers un endroit si éloigné qu’il n’est pas détectable puisque situé au-delà de la distance maximale d’où nous parvient les champs d’énergie qui font l’univers tel que nous le voyions. L’horizon universel.
Il n’existe donc pas dans notre flèche du temps. D’où l’inadaptation de nos technologies. En revanche, avec les technologies rustiques des « Homos Améliorés », ça semble possible.
Nous allons donc vous les fournir une fois sur place. Pas de problème.
– Et pourquoi ils ne le font pas eux-mêmes alors ?
– Parce que ce n’est pas marqué comme ça dans nos archives, d’une part, et probablement parce que les « Améliorés » n’ont pas à savoir où les Krabitz vont résider. D’autant que ce sont des belliqueux et ils ont une dent contre les Krabitz. Pas la peine de tenter le diable.
– Le diable existe donc, chez vous ?
– C’est une expression de votre civilisation si crédule. Nous, on parle de tentation « animale », basique, instinctive.
– Je vois ! Mais je vais où ?
– Je vous l’ai déjà dit : là où il n’y a rien. Plus de lumière, plus d’énergie. Manifestement le domaine de la matière qui absorbe tout sur son passage…
– Du neutronium ?
– Peut-être… on ne sait pas. Mais si c’est le cas, ça expliquerait certaines choses.
– Comme quoi ?
– Je n’ai pas à vous le dire. Désolé. Et puis vous ne comprendriez probablement pas.
– Admettons. Alors comme ça je sais que je suis arrivé quand il n’y a plus rien devant moi ?
– C’est possible.
– Et ? »

Steph marque une pause…
« – Et vous revenez.
– Comment ?
– Exactement par le cheminement que vous aurez emprunté pendant le voyage de l’aller. Car, mais votre co-pilote vous le rappellera, parce que lui aussi compte bien revenir à sa propre civilisation, vous aurez « balisé » votre parcours. Logique si on veut que les véhicules des Krabitz vous suivent…
– Autrement dit, je joue le rôle de l’éclaireur, de l’ouvreur de piste.
– C’est exactement ça ! D’une part c’est possible tant qu’il n’y a pas trop de temps qui s’écoule entre la pose d’une balise et son retour vers elle, d’autre part, vous êtes priés de les « ramasser » afin de fermer le passage que vous avez ouvert à l’aller.
– Et pourquoi ça ?
– Pour éviter à la Légion de vous suivre et de porter la guerre là où elle n’a pas à aller encore.
– Bon sang, mais c’est bien sûr ! Suis-je bête !
– Je ne vous le fais pas dire… »
Et l’Homo-Ultra de recommencer à rire, avec ses petites dents dans son orifice buccal si étroit, surplombant une absence de menton qui s’efface au fil de l’entretien.
Il va finir monstrueux…

« – Encore une chose importante. La Légion est composée d’une espèce d’Homo-Amélioré, augmenté. « Plus » ils en disent d’eux-mêmes.
– Oui. J’imagine qu’ils ont une intelligence plus développée que la mienne, c’est ça.
– Pas vraiment. En revanche, à force de manipulation génétique de toutes sortes, qui d’ailleurs ont commencé à votre propre époque, ils ont fini par réduire leur part d’animalité de façon drastique.
– C’est-à-dire ?
– Ils sont devenus végétalien… c’est comme ça qu’on dit à votre époque ?
– Végétarien ?
– Non ! Végétalien. Aucun produit animal.
– Ils mangent de l’herbe alors. Herbivore !
– Il y a de ça, effectivement.
– J’espère que je ne vais pas devoir manger que de l’herbe. Moi, je mange les bêtes qui mangent de l’herbe.
– Nous y avons pensé, figurez-vous. Mais pour eux vous êtes une bête repoussante.
– Oui, je sais, déjà que pour vous avec mes odeurs.
– Vos phéromones, vos phéromones, rien de plus et qui génèrent des micro-champs disharmoniques. Qui plus est, vous êtes un mâle.
– Bé oui, normal. Pas encore hermaphrodite à reproduction par parthénogénèse, comme vous.
– Ils n’en sont pas encore là, mais à l’étape du clonage-mixte.
– C’est quoi, ça ?
– L’altérité sexuelle a été éradiquée et les générations se renouvellent par fécondation in vitro.
– Pardon ?
– Il n’y a que des femelles !
– Punaise ! Que des femelles ? Le pied, ça !
– Euh non, je ne crois pas justement. Elles ne savent pas ce que c’est. Et ce sont d’ailleurs libérées de tout instinct sexuel, hors leurs jeux érotiques et homosexuels.
– Eh bien, je vais pouvoir leur faire découvrir…
– Je viens de vous dire que non ! Ce n’est pas possible.
– Allons bon ! Ça va être gai alors !
– C’est pour ça que nous vous avons prévu quelques cyborgs du meilleur effet pour défouler votre libido native, propre à votre espèce… »
Là, Paul commence à percevoir que ce voyage promis aux confins de l’univers, jusque-là où il n’y a « rien », risque d’être un vrai cauchemar…

« – Il y a autre chose que je devrais savoir avant d’y aller ? Des de la même trempe que je m’y fasse ?
– Oui, mais nous en parlerons à votre retour. C’est l’objet de votre seconde mission, celle de votre époque.
– Ah oui ! Je reviens à mon époque. Et comme un « bon agent », je fais le boulot sans poser de question.
– Un ambassadeur, excellence. L’ambassadeur de la Coupole ! Qui arrive escorté par un véhicule de La Garde. Avec un déguisement qui en jette, vous allez leur en mettre plein la vue et nous sommes là pour vous couvrir jusqu’à votre retour.
– Admettons. Mais savez-vous que moi, je n’avais qu’un rêve ?
– Je le connais. Voler dans les éléments de votre planète, dans l’atmosphère, jusqu’au-delà de ses limites. Ce que nous faisons. Et puis sur la surface de vos océans. Mais ça, ça vous vient sur le tard, quand vous aurez goûté aux joies et vertus du cosmos… »
S’il le dit.